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C'est sous un tunel verdoyant, à l'ombre des platanes que je vous fais entrer de nouveau à Béjaïa.
Cette jolie route y mène...
Mais c'est de montagne que je vous parle de nouveau, lorsque je suis dans la ville. Vous vous en souvenez certainement...
Une chaine montagneuse qui enserre presque Bajaïa. Comme si elle se trouvait entre des bras protecteurs.
Avant de connaître son nom, j'ai un peu taquiné mon guide et ami, afin qu'il me révèle son identité. Il avait oublié...
Une si belle couronne ainsi étalée, au delà du port de Béjaïa, et il ne connait pas son nom ?
Je n'en reste pas là.
Lors de l'une de nos sorties, je prends le parti de quérir l'information dans la rue. Ce sont trois aimables passantes qui me renseignent sur les Babors. Nous sommes sur un côté de rue, et une discussion s'engage. C'est ainsi que j'en apprends plus sur la ville, et son passé glorieux. Ces dames m'ont offert leurs plus beaux sourires, et un quart d'heure de leur coeur.
Je suis ravie d'en savoir plus que mon ami Rachid. Il m'attend plus haut dans la rue qui monte. Je lui livre le nom de cette montagne.
Comment aurais-je pu destabiliser un algérien à l'humour aiguisé et à la répartie facile ?
Voici sa réponse : "Lorsqu'on est payé comme une femme de ménage, on ne peut prétendre qu'à une connaissance de femme de ménage !"
C'était à l'époque de l'affaire "Outreau"... un parallèle avec la réponse du psychiatre qui avait entendu les enfants. Un fait d'actualité qui a fait le tour du monde. Et un psy pas très futé... dépassé par son manque d'objectivité.
Impossible de retenir le rire, sur une réflexion venant bien à propos. Il y en aura d'autres avec Rachid.
Tout écrire sur l'Algerie, même l'insolite... il n'y a aucune contre-indication. Même dans les journaux locaux je retrouve une certaine liberté d'expression. De quoi s'interroger. Notre propre actualité n'est-elle pas parfois, dirigée par ceux à qui appartiennent les journaux ? Ici aussi, certaines informations subissent un détournement subtil. Ou un muselage.
Mais tout comme en France, il y a également des journalistes qui osent s'investir.
J'ai assisté à une situation incroyable un jour. Un dépôt de fonds dans une banque s'est fait avec une simple voiture, arrivée discrétement. Et seulement deux hommes armés. J'ose espérer que tous ne se font pas de cette manière là.
Tout autour la foule circule, des badauds observent. C'est l'indifférence générale semble-il. Impassible quotidien. Un bracage de banque serait-il trop fatiguant en Algerie ?
Une confiance inouie selon mon observation.
Dans la rue, les jeunes, les femmes, désirent parfois faire ma connaissance. Leurs yeux et leurs sourires me le disent. Ils ont l'habitude de me voir aux mêmes endroits, désormais. Ce sont d'heureuses rencontres d'un jour.
Chaleureux comportements. De quoi rendre l'oeil et le coeur pétillants. Mes journées sont remplies de joies.
Il est impossible de ne pas prendre des habitudes dans un tel cadre.
Le Bora-Bora est devenu le fast-food dans lequel je retourne m'installer chaque midi. Le restaurateur et son cuisinier savent offrir du sourire et de la joie à tous ceux qui arrivent dans cette toute petite salle. Le client, quel qu'il soit, y trouve sa place. Les sympapthiques regards auxquels nous avons droit défient l'entendement. Même Rachid y a pris goût. Le plaisir éprouvé est une évidence. On est toujours attiré par ce qui fait du bien, n'est-ce pas ?
C'est pour la même raison que je vais me poser au "Richelieu". Pour un ou deux thés, et parfois quelques heures d'écriture. C'est tout naturellement que mes pas me portent jusqu'à ce bar dont la salle est spacieuse.
Sa terrasse donne au dessus du port. Avec une vue d'ensemble sur les Babors. Ensuite, je fais mon voyage intérieur : laisser libre cour à mes pensées... De la dégustation pure !
A essayer absolument, si par Bajaïa vous allez !
Je serais injuste si je ne vous parlais pas du restaurant le "Palmier". Celui-ci nous ouvre ses menus, chaque soir. La réception est très agréable. Une fois de plus. Le cuisinier mijote de délicieuses soupes. Des repas très consistants, à volonté. Mais c'est la particularité du pays. Même à ce niveau là, on ne veut pas que le client quitte en ayant l'impression d'avoir faim.
Lors de mes rencontres, des sujets sérieux furent également abordés. Tel ceux concernant l'administration et ses pratiques. Obtenir des privilèges, ou ses seuls droits, par le biais d'un certain racket est monnaie courante.
Il y a toujours le côté cool qui se mélange au grave. Ce qui prête à sourire. Lorsque le soleil est au rendez-vous, passer devant le Service des Impôts m'a permis de voir quelques agents administratifs en plein cure de soleil. Ils sortent une chaise à l'extérieur pour s'y poser. Pourquoi manquer la pause "soleil", alors qu'il y en a tant par ici ?
Un simple bronzage, ou bien une réunion au sommet, entre travailleurs besogneux ? Ambiance détendue en tout les cas. Une autre manière de dire que la vie doit être prise avec un peu de recul ?
J'ai interrogé sur la pratique... On m'a murmuré en confidence qu'en Algerie il y avait plus de soleil qu'en France. C'est bien connu, le soleil ça épuise. L'argument avait du poids.
J'ai aimé ! Et j'ai rit !
Il n'empêche qu'il y a aussi des personnes qui travaillent et qu'on ne paye pas toujours. Là non plus, il n'y a pas exception planètaire. Même en France, où l'abondance s'affiche, il y a des petits et des grands "Medef", qui ont poussé comme des champignons. Leurs pratiques révèlent d'autres tortueuses manières de bien s'en sortir sur le dos de leurs employés.
J'ai eu envie d'interroger sur la positivité "coloniale". C'était à l'ordre du jour. On en parlait suite à la position de la France durant un certain temps. Un groupe de jeunes gens rencontrés au "Richelieu", m'ont répondu depuis la hauteur de leur naïveté, ou de leur méconnaissance.
L'un d'entre eux regardait du côté des batiments que la France a laissé ici... Cette jeunesse qui ne rêve que de France, et qui l'imagine comme un "eldorado"... Ce jeune en sociologie a même pensé que travailler en Algerie cela équivaut à des travaux forcés.
Il est vrai qu'un diplôme, même en Algerie, n'ouvre pas automatiquement les portes d'un emploi. Le harcèlement au travail et les abus quand aux conditions de travail cela se passe aussi par ici. Tout comme en France et à l'échelle mondiale. Des patrons humains il y en a si peu... et des petits chefs tordus, ça pullule...
Je me suis tournée vers d'autres jeunes, et aussi leurs parents. Ceux qui ont connu la période coloniale. Cette jeunesse d'alors qui a traversé l'insupportable. Sans aucune aménité, ils se sont confiés.
Pourquoi a-t-on autant de mal à essayer d'analyser au plus juste ? Car là, on peut arriver à influencer la pensée. Comment peut-on seulement imaginer que la colonisation est positive ?
Remonter dans le temps, c'est démarrer depuis nos deux guerres mondiales. Nous n'irons pas plus loin dans l'analyse, pour l'instant.
On a un peu trop vite oublié que des hommes furent enrolés à coups de chantage, ou par obligation. Tous ne voulaient pas faire la guerre. Fuir en France était plus utopique que réellement la solution à la violence subit dans son propre pays. La France s'est emparée de tous ces hommes qui refusaient une situation intolérable dans leur pays. Dont l'Espagne est l'un de ces exemples. Se retrouver dans un camp de concentration en France n'était vraiment pas la liberté et la protection dont tous ces hommes recherchaient. L'asile politique c'était du donnant-donnant. La France exigeait une contrepartie. Participation à l'effort de guerre, contre l'ouverture de la frontière. Autrement dit, pour l'espagnol, renvoi immédiat chez Franco, avec tout ce que cela sous entendait.
La positivité dans toute sa splendeur !
Et on a répété cela à l'envie avec l'Afrique. Dont l'Afrique du Nord. Une page d'histoire peu honorable.
Au sortir de la guerre, certains se souviennent encore du massacre de Sétif. Se vouloir autonome ou indépendant était synonyme de répression. Ces hommes tombés pour la France, ou rescapés, ont commencé à avoir leur récompense pour leurs bons et loyaux services.
Et puis l'Algerie a commencé à imposer sa reconnaissance algerienne. Il désiraient leur indépendance. Une urgence pour ce peuple si cruellement privé de tout. Certains colons furent, il est vrai, de braves personnes, bien qu'on puisse laisser cela à l'apréciation des seuls intéressés. La majorité silencieuse ne pouvait se prévaloir d'un tel contexte.
Pour eux, la vie quotidienne n'était vraiment pas de la poèsie.
Un simple rappel sur une évidence : l'illétrisme était important au sortir des années 60. C'était pratiquement tout un peuple qui en a été affecté. Seuls quelques privilégiés pouvaient espérer une scolarisation. Cette génération d'enfants fut privée de l'essentiel : le savoir.
L'instruction n'était pas vraiment l'objectif du colon, pour celui qu'il nommait "son indigène". Par contre, l'ouvrier corvéable à merci, était une généralité. Quand aux enfants qui étudiaient, ils n'avaient en général, pas de cartables. Ni de livres. Tout restait en classe. Aucune aide possible pour obtenir les cahiers ou les livres. La plupart de ces enfants descendaient de leurs villages, pour la richesse de la connaissance intellectuelle. Ils arrivaient le ventre vide. Très peu d'écoles s'inquiétaient de leurs besoins physiques. Sans repas le midi, ils devaient donc attendre leur retour chez eux, le soir venu, pour consommer le seul repas possible de la journée.
L'hiver ils n'avaient pas de quoi se réchauffer. Pas plus de vêtements qui auraient pu les protéger contre la rudeur de la température. Cetains avaient des bottes en plastiques, qui ne les protêgeaient pas du froid, ou de la pluie.
Mais le sort des parents n'était pas meilleurs. Ils travaillaient dur toute la journée pour obtenir un salaire misérable. Ou bien des produits de première nécessité. Ces enfants ont subi un traitement douloureux.
J'ai interrogé l'un d'eux, sur la positivité dont se réclame la France, et cet homme m'a répondu : "l'Etat Civil" !
Il y avait de quoi sourire avec lui, lorsqu'on sait les tracas que peut nous causer l'administration...
Oui, on peut estimer qu'enlever des terres à ses vrais propriétaires est un signe positif !
Cet homme, ce professeur, m'a ainsi résumé ses souvenirs sur l'étrange époque qu'il a vécu :
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