Jeudi 15 mai 2008

                                                                                       - 5 -

C'est sous un tunel verdoyant, à l'ombre des platanes que je vous fais entrer de nouveau à Béjaïa.
Cette jolie route y mène...

Mais c'est de montagne que je vous parle de nouveau, lorsque je suis dans la ville. Vous vous en souvenez certainement...
Une chaine montagneuse qui enserre presque Bajaïa. Comme si elle se trouvait entre des bras protecteurs.
Avant de connaître son nom, j'ai un peu taquiné mon guide et ami, afin qu'il me révèle son identité. Il avait oublié...
Une si belle couronne ainsi étalée, au delà du port de Béjaïa, et il ne connait pas son nom ?
Je n'en reste pas là.
Lors de l'une de nos sorties, je prends le parti de quérir l'information dans la rue. Ce sont trois aimables passantes qui me renseignent sur les Babors. Nous sommes sur un côté de rue, et une discussion s'engage. C'est ainsi que j'en apprends plus sur la ville, et son passé glorieux. Ces dames m'ont offert leurs plus beaux sourires, et un quart d'heure de leur coeur.
Je suis ravie d'en savoir plus que mon ami Rachid. Il m'attend plus haut dans la rue qui monte. Je lui livre le nom de cette montagne.
Comment aurais-je pu destabiliser un algérien à l'humour aiguisé et à la répartie facile ?
Voici sa réponse : "Lorsqu'on est payé comme une femme de ménage, on ne peut prétendre qu'à une connaissance de femme de ménage !"
C'était à l'époque de l'affaire "Outreau"... un parallèle avec la réponse du psychiatre qui avait entendu les enfants. Un fait d'actualité qui a fait le tour du monde. Et un psy pas très futé... dépassé par son manque d'objectivité.

Impossible de retenir le rire, sur une réflexion venant bien à propos. Il y en aura d'autres avec Rachid.

Tout écrire sur l'Algerie, même l'insolite... il n'y a aucune contre-indication.  Même dans les journaux locaux je retrouve une certaine liberté d'expression. De quoi s'interroger. Notre propre actualité n'est-elle pas parfois, dirigée par ceux à qui appartiennent les journaux ? Ici aussi, certaines informations subissent un détournement subtil. Ou un muselage.
Mais tout comme en France, il y a également des journalistes qui osent s'investir.

J'ai assisté à une situation incroyable un jour. Un dépôt de fonds dans une banque s'est fait avec  une simple voiture, arrivée discrétement. Et seulement deux hommes armés. J'ose espérer que tous ne se font pas de cette manière là.
Tout autour la foule circule, des badauds observent. C'est l'indifférence générale semble-il. Impassible quotidien. Un bracage de banque serait-il trop fatiguant en Algerie ? 
Une confiance inouie selon mon observation.

Dans la rue, les jeunes, les femmes, désirent parfois faire ma connaissance. Leurs yeux et leurs sourires me le disent. Ils ont l'habitude de me voir aux mêmes endroits, désormais. Ce sont d'heureuses rencontres d'un jour.
Chaleureux comportements. De quoi rendre l'oeil et le coeur pétillants. Mes journées sont remplies de joies.
Il est impossible de ne pas prendre des habitudes dans un tel cadre.
Le Bora-Bora est devenu le fast-food dans lequel je retourne m'installer chaque midi. Le restaurateur et son cuisinier savent offrir du sourire et de la joie à tous ceux qui arrivent dans cette toute petite salle. Le client, quel qu'il soit, y trouve sa place. Les sympapthiques regards auxquels nous avons droit défient l'entendement. Même Rachid y a pris goût. Le plaisir éprouvé est une évidence. On est toujours attiré par ce qui fait du bien, n'est-ce pas ?
C'est pour la même raison que je vais me poser au "Richelieu". Pour un ou deux thés, et parfois quelques heures d'écriture. C'est tout naturellement que mes pas me portent jusqu'à ce bar dont la salle est spacieuse.
Sa terrasse donne au dessus du port. Avec une vue d'ensemble sur les Babors. Ensuite, je fais mon voyage intérieur : laisser libre cour à mes pensées... De la dégustation pure !
A essayer absolument, si par Bajaïa vous allez !
Je serais injuste si je ne vous parlais pas du restaurant le "Palmier". Celui-ci nous ouvre ses menus, chaque soir. La réception est très agréable. Une fois de plus. Le cuisinier mijote de délicieuses soupes. Des repas très consistants, à volonté. Mais c'est la particularité du pays. Même à ce niveau là, on ne veut pas que le client quitte en ayant l'impression d'avoir faim.

Lors de mes rencontres, des sujets sérieux furent également abordés. Tel ceux concernant l'administration et ses pratiques. Obtenir des privilèges, ou ses seuls droits,  par le biais d'un certain racket est monnaie courante.
Il y a toujours le côté cool qui se mélange au grave. Ce qui prête à sourire. Lorsque le soleil est au rendez-vous, passer devant le Service des Impôts m'a permis de voir quelques agents administratifs en plein cure de soleil. Ils sortent une chaise à l'extérieur pour s'y poser. Pourquoi manquer la pause "soleil", alors qu'il y en a tant par ici ?
Un simple bronzage, ou bien une réunion au sommet, entre travailleurs besogneux ? Ambiance détendue en tout les cas. Une autre manière de dire que la vie doit être prise avec un peu de recul ?
J'ai interrogé sur la pratique... On m'a murmuré en confidence qu'en Algerie il y avait plus de soleil qu'en France. C'est bien connu, le soleil ça épuise. L'argument avait du poids.
J'ai aimé ! Et j'ai rit !
Il n'empêche qu'il y a aussi des personnes qui travaillent et qu'on ne paye pas toujours. Là non plus, il n'y a pas exception planètaire. Même en France, où l'abondance s'affiche, il y a des petits et des grands "Medef", qui ont poussé comme des champignons. Leurs pratiques révèlent d'autres tortueuses manières de bien s'en sortir sur le dos de leurs employés.

J'ai eu envie d'interroger sur la positivité "coloniale". C'était à l'ordre du jour. On en parlait suite à la position de la France durant un certain temps. Un groupe de jeunes gens rencontrés au "Richelieu", m'ont répondu depuis la hauteur de leur naïveté, ou de leur méconnaissance.
L'un d'entre eux regardait du côté des batiments que la France a laissé ici... Cette jeunesse qui ne rêve que de France, et qui l'imagine comme un "eldorado"... Ce jeune en sociologie a même pensé que travailler en Algerie cela équivaut à des travaux forcés.
Il est vrai qu'un diplôme, même en Algerie, n'ouvre pas automatiquement les portes d'un emploi. Le harcèlement au travail et les abus quand aux conditions de travail cela se passe aussi par ici. Tout comme en France et à l'échelle mondiale. Des patrons humains il y en a si peu... et des petits chefs tordus, ça pullule...
Je me suis tournée vers d'autres jeunes, et aussi leurs parents. Ceux qui ont connu la période coloniale. Cette jeunesse d'alors qui a traversé l'insupportable. Sans aucune aménité, ils se sont confiés.

Pourquoi a-t-on autant de mal à essayer d'analyser au plus juste ? Car là, on peut arriver à influencer la pensée. Comment peut-on seulement imaginer que la colonisation est positive ?
Remonter dans le temps, c'est démarrer depuis nos deux guerres mondiales. Nous n'irons pas plus loin dans l'analyse, pour l'instant.
On a un peu trop vite oublié que des hommes furent enrolés à coups de chantage, ou par obligation. Tous ne voulaient pas faire la guerre. Fuir en France était plus utopique que réellement la solution à la violence subit dans son propre pays. La France s'est emparée de tous ces hommes qui refusaient une situation intolérable dans leur pays. Dont l'Espagne est l'un de ces exemples. Se retrouver dans un camp de concentration en France n'était vraiment pas la liberté et la protection dont tous ces hommes recherchaient. L'asile politique c'était du donnant-donnant. La France exigeait une contrepartie. Participation à l'effort de guerre, contre l'ouverture de la frontière. Autrement dit, pour l'espagnol, renvoi immédiat chez Franco, avec tout ce que cela sous entendait.
La positivité dans toute sa splendeur !

Et on a répété cela à l'envie avec l'Afrique. Dont l'Afrique du Nord. Une page d'histoire peu honorable.
Au sortir de la guerre, certains se souviennent encore du massacre de Sétif. Se vouloir autonome ou indépendant était synonyme de répression. Ces hommes tombés pour la France, ou rescapés, ont commencé à avoir leur récompense pour leurs bons et loyaux services.
Et puis l'Algerie a commencé à imposer sa reconnaissance algerienne. Il désiraient leur indépendance. Une urgence pour ce peuple si cruellement privé de tout. Certains colons furent, il est vrai, de braves personnes, bien qu'on puisse laisser cela à l'apréciation des seuls intéressés. La majorité silencieuse ne pouvait se prévaloir d'un tel contexte.
Pour eux, la vie quotidienne n'était vraiment pas de la poèsie.
Un simple rappel sur une évidence : l'illétrisme était important au sortir des années 60. C'était pratiquement tout un peuple qui en a été affecté. Seuls quelques privilégiés pouvaient espérer une scolarisation. Cette génération d'enfants fut privée de l'essentiel : le savoir.
L'instruction n'était pas vraiment l'objectif du colon, pour celui qu'il nommait "son indigène". Par contre, l'ouvrier corvéable à merci, était une généralité. Quand aux enfants qui étudiaient, ils n'avaient en général, pas de cartables. Ni de livres. Tout restait en classe. Aucune aide possible pour obtenir les cahiers ou les livres. La plupart de ces enfants descendaient de leurs villages, pour la richesse de la connaissance intellectuelle. Ils arrivaient le ventre vide. Très peu d'écoles s'inquiétaient de leurs besoins physiques. Sans repas le midi, ils devaient donc attendre leur retour chez eux, le soir venu, pour consommer le seul repas possible de la journée.
L'hiver ils n'avaient pas de quoi se réchauffer. Pas plus de vêtements qui auraient pu les protéger contre la rudeur de la température. Cetains avaient des bottes en plastiques, qui ne les protêgeaient pas du froid, ou de la pluie.
Mais le sort des parents n'était pas meilleurs. Ils travaillaient dur toute la journée pour obtenir un salaire misérable. Ou bien des produits de première nécessité. Ces enfants ont subi un traitement douloureux.
J'ai interrogé l'un d'eux, sur la positivité dont se réclame la France, et cet homme m'a répondu : "l'Etat Civil" !
Il y avait de quoi sourire avec lui, lorsqu'on sait les tracas que peut nous causer l'administration...
Oui, on peut estimer qu'enlever des terres à ses vrais propriétaires est un signe positif !

Cet homme, ce professeur, m'a ainsi résumé ses souvenirs sur l'étrange époque qu'il a vécu :



                                                                                                                                                  ... / ...


par Mariliane publié dans : Voyages communauté : ALGERIE DECOUVERTE
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Jeudi 15 mai 2008

                                                                                              - 4 -

Mais avant mon arrivée à Béjaïa et mon émerveillement devant cette ville, il me reste encore une anecdote sur Bouira. Ainsi que mon passage à Lakhdaria.
Dans ma tête se bousculent encore aujourd'hui, tous mes souvenirs. Ils viennent régulièrement, s'installent un instant, puis repartent jusqu'à un autre jour. Les images aussi s'imposent...

Le vendredi à Bouira, c'est une nette diminution de la foule.
Rachid est dans sa famille. J'en profite pour quitter la ville, tôt le matin, pour me diriger vers une campagne inconnue. Je grimpe un chemin qui me conduit vers une certaine hauteur. Sur le pas des maisons, et des cafés ouverts, on remarque mon passage. Vous pensez bien qu'on s'interroge sur ma venue dans le quartier.
J'ai choisi les hauteurs afin d'avoir une vue d'ensemble sur le paysage. Et quel paysage !
La majestueuse chaine du Djurdjura m'apparait dans toute sa splendeur. Couronnée de nuages épais, gris, mélangés aux blancx. Ils semblent en arrêt.
Ils stationnent pour y déposer sans doute leur marque humide. Pluie ou neige selon la température. Durant la nuit il a plut. Mais là, c'est de soleil que la journée me parle, entre deux passages nuageux. Le ciel affiche un bleu transparent. Je continue de grimper. Les passereaux s'échappent sur mon passage. La route boueuse me conduit à un sommet, d'où la plaine et les montagnes environnantes me livrent leur secret millénaire. Immuable beauté verdoyante, tons sur tons.
Des villages éloignés s'agrippent aux flancs escarpés. Depuis ce lieu paisible je ressens moi-même cet appel vers le bas, qui rejoint la plaine. Bouira, telle une joyeuse mariée, laisse l'éclat de ses blancs et de ses roses, venir butter contre mon regard avide de dévorer ses beautés.
Je n'ai pu m'empêcher de marcher encore, à la recherche de cadres plus époustoufflants.
Comment retenir le moment présent pour le ramener avec moi ?
Toute à mon occupation mentale, je ne me rends pas compte qu'on s'approche de moi. Un homme m'interpelle. Il me demande la raison de ma présence en ces lieux. J'apprends très vite que c'est un gendarme en civil. Je viens de passer devant la gendarmerie, sans même m'en  rendre compte.
Je lui explique pourquoi je suis en Algerie. Il me demande de le suivre jusqu'au poste, car il faut que j'explique ma présence au responsable. A l'intérieur je suis accueillie par un monsieur sympathique qui m'interroge à son tour. Il réclame mes papiers, bien sur. Puis il téléphone à Bouira à son supérieur. Je dois attendre son arrivée.
Vingt minutes plus tard, le gradé arrive en voiture, conduite par son chauffeur.
Il m'explique qu'il y va de ma sécurité. Qu'il y a des usages à respecter. Il m'apprend aussi que je me trouve à 10 kilomètres de Bouira. Protection oblige, il me fait monter dans la voiture de fonction, et m'emporte à la gendarmerie de Bouira. Il me fait visiter le batiment, qui, m'explique-t-il, fut construit du temps de la France, en 1958. On me sert un thé, on parle souvenir. Il lit quelques pages de ce que j'écris sur son pays. Il me présente son fils et sa fille avec beaucoup de fierté. Ils viennent parfois rendre visite à leur père, après l'école. Deux jeunes enfants habitués des lieux, cela se voit.
Pendant ce temps, mon passeport voyage. On l'interroge. Une protection réciproque... je suppose.
On me le rend sur la promesse de repasser le voir, avant de quitter l'Algerie. Il voulait m'offrir un livre qu'il n'avait pas sur place, mais qui datait... Je n'ai malheureusement pas eu le temps matériel de revoir ce charmant monsieur.
Lorsque la confiance s'installe, les algeriens sont très chaleureux avec leurs semblables. L'hospitalité algérienne m'impressionne. Au delà des mots, il y a une vraie présence amicale.
Me voilà avec une nouvelle invitation en main, en cas de besoin, puisqu'il me donne son numéro de téléphone avant que je ne le quitte. La gendarmerie me garantie sa protection. Un échange qui me fait sourire aujourd'hui encore. Ma curiosité me pousse parfois dans des situations assez inatendues.
Je me dois de vous remercier Monsieur, pour votre prévenance et votre gentillesse, si bien dissimulée sous votre tenue réglementaire !

L'après-midi je flâne dans le centre de Bouira. Je rentre  ensuite dans un salon de thé. Une autre surprise.
Comme j'en aurais tant d'autres. Que je ne pourrais relater.
Engager une conversation est chose facile ici.
En l'espace d'une seule heure, j'ai pu connaitre une partie de la vie de l'homme qui me sert une boisson et une patisserie. Il me parle de son envie de quitter l'Algerie. Arguments à l'appui, il est prêt à tous les sacrifices pour poser ses pas ailleurs. Il réclame mon aide. Malheureusement, lui  dit-je, je n'ai aucun pouvoir pour cela.
J'essaie de le raisonner, bien que je comprenne son mal être.
La corruption de l'administration est ce qui fait le plus souffrir cet homme. Et sa vie n'est effectivement pas chose facile. Tout comme pour tant d'autres.
Mais nos "cols blancs" français ont de quoi ressembler parfois, eux aussi, à ceux qui ont poussé en Algerie, ou ailleurs. Comme quoi... les pots de vins sont de grands voyageurs.
Je finis ma journée dans un cyber pour envoyer quelques courriers.
C'est ensuite dans la chambre de mon hotel que j'attends la nuit... en écrivant quelques pages. Chose que je ferais chaque jour. Pas d'appareil photo, mais un stylo et un cahier. Pour ne pas perdre une seule miette.
J'ai aimé ce vendredi là...

Réveil brusque sur le grondement sourd et continu du tonnerre. Claquements répétés, froissements. Comme si on agitait de la tôle... L'orage approche. Je le suppose au dessus du Djurdjura. Ma montagne doit être cachée sous une épaisseur de nuages lourds. Des éclairs zèbrent le ciel, et laissent des traces lumineuses. Une pluie violente, saccadée, s'installe sur la ville encore endormie. Une pluie qui ne cessera pas durant la matinée à venir.
Que fait-on dans une ville où les trottoirs sont boueux et glissants  ? 
On n'hésite plus. On sort. Comment, vous ne feriez pas cela ?
Mais moi, j'ai encore envie de découvrir.
Si vous pensez que les habitants des lieux restent bien gentiement chez eux, et bien vous vous tromprez.
Je retrouve de nouveau la grande foule de tous les autres jours, à vaquer à leurs occupations, ou bien à circuler sans but précis. Avec ou sans parapluie, les trottoirs sont ouverts aux marcheurs.
C'est au détour d'une rue, qu'en cette fin de samedi, alors que percent quelques rayons de soleil, que le Djurdjura se découvre à mes yeux. Impressionnante chaine. La voilà habillée d'une parure immaculée. On a l'impression qu'un voile léger a été laché sur elle, depuis l'espace. De la finesse dans le jeté. Chaque contour de ce joyau de la Kabylie s'offre à la manière d'une reine désirable. Capricieuse. Et qui veut qu'on l'admire. Quelle splendeur se dégage d'elle !
Son intention est d'éblouir. Et bien, c'est une réussite. On ne peut qu'aimer la rebelle.
Sur cette image, je me glisse dans ma chambre d'hotel.

Et l'aventure continue...
Cette fois-ci, je m'embarque pour la ville de Lakhdaria. Accueil plus que chaleureux chez une autre famille. Du plus grand au plus petit, ce ne sont que des bouffées d'échanges affectueux.
Encore une fois, on me traite comme l'amie perdue de vue, de longue date, mais qu'on n'a pas réussi à oublier. Une pluie de questions s'abat sur moi. Je ne suis pas la seule à être curieuse.
La simplicté à un niveau qui surprend. Je n'ai pas l'habitude en France. Des voisines se succèdent, pour le seul plaisir de faire connaissance avec la visiteuse de passage. Du rire plein la maison, dans les deux langues.
Du comique à ce niveau. Ces dames m'ont honoré de leur présence. Un passage obligé qui peut mettre à l'épreuve les moins avertis. Je me suis beaucoup amusée au milieu de ces belles femmes.
L'heure du repas et du retour des hommes emporte tout ce petit monde dans son propre foyer.
Chez Sekoura, le chef de famille, professeur dans un lycée proche, me présente ses hommages.
Quand à leur fils, Nourredine, entre lui et moi c'est le coup de foudre. C'est un enfant vif et plein d'énergie. Il s'attèle à m'expliquer son école, ses études, sa ville, depuis la hauteur de ses dix ans. De quoi remplir un livre. Du bavardage haut de gamme. Avec du rire plein les yeux, et le coeur. Une amitié durable s'installe...
L'heure des cours a emporté mon jeune compagnon. Mais je le retrouve à 16 heures, pour une autre partie de grande discussion. C'est avec lui que je vais prendre un bain de foule dans sa ville. Mon jeune guide a été à la hauteur. Ses explications animées m'ont tenue en éveil durant notre tour de la ville, entre oisifs et marchands en tout genre.
Chaleureuse soirée familiale. C'est dans ces moments là que l'ouverture sur les préoccupations de l'algerien est mise à nue.  Ainsi que ses sentiments sur certaines questions.
L'administration laxiste et abusive est souvent le propos. On me dit que certaines décisions administratives furent parfois antiéconomiques. Des dépenses absurdes comme on en voit aussi en France.
Des projets qui aboutissent dans des impasses.  Ou qui sont inutiles. Et confiés à des sociétés privées. Voilà que nous sommes en terrain de connaissance... c'est à se méprendre comme de l'autre côté de la Mediterranée.
Rachid (lui aussi s'appelle ainsi), m'explique qu'une commune aurait plus intérêt à employer l'argent de l'Etat pour faire travailler ceux qui habitent celle-ci. Le matériel lui appartenant en propre par la suite. Les tiers intervenants n'étant pas préparés aux intérêts de la dite commune. Cet homme sensé sait de quoi il parle. Un certain laisser-aller le désole.
Le second jour je me balade en compagnie de ma chère Sekoura. Une promenade qui nous conduit dans des lieux qu'elle n'aurait pas sillonné si je n'avais pas été là, me dit-elle.
L'occasion fait le laron...
Elle cherche des chaussures pour elle, mais elle rentre à la maison avec un blouson chaud pour son bébé.
Priorités d'une mère...
Au retour, nous faisons une visite à l'une de ses cousines. Une halte reposante, raffraichissante et joyeuse.
Mon séjour chez Sékoura fut prolongé, pour cause de visite chez l'une de ses amies, et voisine.
Cette femme là, elle a du tempérament, c'est le moins que je puisse dire en ce qui la concerne. C'est une femme magnifique. Ses enfants sont eux aussi d'une grande beauté brune. Une famille nombreuse. Et un joli bouquet de tendresse. Quel immense plaisir que d'écouter cette beauté aux grands yeux sombres. Elle me parle de son profond amour pour son mari. Huit enfants ce n'est pas une petite chose. Cette femme aime vraiment son homme, avec tout son corps. Ses yeux eux mêmes sont remplis de lui lorsqu'elle en parle. Un vrai cadeau pour l'oreille qui écoute. Vingt ans après, c'est de la magie.
Cette femme n'est pas un cas unique. Je m'amuse à interroger plusieurs femmes. C'est dans leurs yeux que je cueille en priorité, les réponses les plus surprenantes.
Ce qui ne sous-entend pas que le Paradis pour les femmes, se trouve de ce côté-ci seulement. 
Ce qui risque d'étonner, pour qui arrive avec ses petits préjugés sur les algeriennes. Aucun tabou sur le sujet.
Malheureusement la violence au foyer elle existe également...
Ce n'est tout de même pas l'Algerie qui en détient le monopole.
Chez Sekoura et sa famille, ma soirée s'est un peu prolongée après le repas. Photos de famille oblige. Je me laisse imprégner par l'ambiance familiale. C'est délicieux !
Je n'ai pas été privée de gâteries. Leur plaisir est de donner sans compter, le mien, celui de recevoir à ce moment là.
Comment résister ?

Puis je m'échappe pour une journée à Bouira, avant mon dit départ pour Béjaïa...  Précedemment raconté...



par Mariliane publié dans : Voyages communauté : ALGERIE DECOUVERTE
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