Dimanche 4 mai 2008

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Rachid est venu me rejoindre de nouveau. Il me guidera à travers une autre ville.
La pluie nous surprend. Nous partons à la conquète d'une ville aux couleurs de l'humidité pour ce nouveau jour. Celle-ci me transperce. Mon esprit est tout de même vigilant. J'observe les moindres mouvements de mon entourage. Nous attendons un bus.
Pour ne pas se tromper de ligne, écouter "les maitres" du jeu. Pour les habitués, même s'ils ne savent quel bus prendre, leur oreille le leur indiquera. On se fait interpeller à la criée. On appelle le voyageur en hurlant le lieu de destination. Pour ceux qui n'ont pas bien compris, se servir de sa langue et demander. Le sourire est garanti avec le renseignement qui va avec.
Un fouilli organisé.
De la bonne humeur pour l'observateur.

Le voyage jusqu'à Béjaïa fut paisible. Notre chauffeur s'est montré raisonnable dans la conduite de son véhicule. Les passagers, tout comme je le remarquerais tout au long de mes voyages en bus,  sont d'une grande patience. On se laisse facilement couler dans le moule général.
De villes en villlages, le cadre se plante magique, pour réussir un trajet de trois heures. La chaine montagneuse du Djurdjura nous accompagne presque jusqu'aux portes de Béjaïa. C'est l'un des sommets qui m'aura le plus fait vibrer intérieurement. Il a une beauté majestueuse. Toujours porteuse d'une étole nuageuse, s'allongeant sans cesse. Quelle irréelle vision en découpe et ondulation.
Enfin, Béjaïa en escalier. Ville splendide s'agripant au flanc de sa montagne d'un vert au velours delicat.
Nous descendons du bus. L'hotel n'est qu'à quelques pas. Je découvre ce long cour menant jusqu'à la gare.
Un trottoir large, bordé de palmiers, au style provençal... C'est un enchantement.
Apès avoir déposé nos bagages dans nos chambres respectives, nous décidons de grimper jusqu'au cente de la ville.  C'est le coeur de la ville. Il palpite au rythme de ses habitants. Ce endroit est très porteur croyez-moi.
Il y a encore des traces de l'occident. On le repère très vite.
Grâcieuse ville où la beauté rime avec climat délicat.

L'Algerie a tant connu le pire, qu'elle sait aussi se contenter du moins pire. Etonnante adaptation.
Des images défilent et se confondent dans mon esprit. Adorable impression de la vie de tous les jours. Je contemple avec gourmandise les lieux.
Des enfants sortent de l'école et empruntent le chemin du retour. Sous une pluie fine. Ils dansent et rient, du même pas que les gouttes légères et aériennes. Pas besoin de parapluie pour ce genre de jeu. La joie est accrochée à leur coeur. Privilège de l'enfance en paix avec son environnement. Très peu de parents attendent à la sortie de l'école. Les enfants apprenent très tôt le courage, dans le pays.
Sur les terrasses de cafés, des vieux chaudement habillés dégustent leurs boissons chaudes. A leurs pieds, le trottoir est encore marqué par la bruine qui tombe lentement. Sous des parasols, d'autres hommes sont attablés et regardent le temps qui passe. Rien que de très normal en Algérie.

Béjaïa la belle !

Béjaïa la magnifique !

Le brouillard s'enroule, enveloppe, circule, s'élève puis ote son drapé. Une autre montagne se trouvera  à nue, dans les minutes qui suivront. Béjaïa offre son port et ses hauteurs sous le regard amoureux des passionnés  de la ville. Une bien délicieuse caresse visuelle.

Comment fonctionnent les services par ici ?  Notamment dans le domaine des transports ou de la restauration.
Une belle leçon de solidarité. Ou de savoir-vivre, à vous de choisir la formule. Voyez plutôt...
Les restaurants locaux, ou bien les fast-foods, ce sont les petits commerçants qui leur livrent leurs produits.
Et lorsqu'on connait les prix proposés pour un repas, je vous laisse deviner les prix pratiqués par celui qui vend sa marchandise.
Un repas complet revient à 150 DA. Ou 1,50 environ. Pain à volonté. J'ai trouvé des corbeilles débordantes posées sur les tables.
Je n'ai pas cotoyé les palaces ni les étoiles. Ce n'était pas le but de toute façon...
La pauvreté est criante ici aussi, mais elle ne répugne pas l'algérien. Il y fait face à sa manière.
Que l'un de ces petits se présente dans un restaurant ou un point nourriture, et il sera le bienvenu. Il n'a qu'à dire qu'il a faim pour qu'on lui remette un repas, ou un sandwich copieux. Certains restent même sur place pour consommer. J'ai remarqué cette particularité, à plusieurs reprises...
Ce matin, Rachid m'a fait prendre conscience d'un autre fait tout aussi sympathique.
Nous prenons un bus pour aller nous balader à Tichy. Deux enfants s'installent eux aussi. Lorsque le receveur vient prélever le montant du parcours, nos deux jeunes, d'une dizaine d'années, annoncent la couleur. Ils n'ont pas d'argent. Qu'à cela ne tienne, on leur dit que ce n'est pas grave.
Ils ne sont pas jetés des transports en commun. On ne prend pas leurs coordonnées pour leur alligner une amende. On ne les intimides pas non plus. On ne les humilie pas. Cela se fait discrètement.
Derrière nous, un homme demande s'il peut règler le lendemain. Ce n'est toujours pas un problème. Qu'il puisse ou non tenir sa promesse, c'est un détail pour le propriétaire du bus.
Ce qui serait grave me dit-on lorsque j'interroge, ce serait de jeter dehors les plus démunis. Même si parfois certains le font.
Je crois bien qu'en Algérie on sait bien plus soustraire que multiplier... On cromprend plus facilement le "moins", chez les autres.
En France, n'est ce pas la multiplication que l'on arrive le mieux à calculer ?
Je ne sais pas pourquoi on pense qu'une amende peut solutionner le problème de celui qui a du mal à s'acquiter du prix d'un voyage. Et c'est le même principe lorsqu'il y a une dette. On y ajoute le pourcentage qui va peser d'avantage au soucis précédent. Les intérêts peuvent avec le temps devenir supérieurs à la somme initiale.
N'est-ce pas ainsi que l'on calcule également la dette des pays pauvres ?
Géniale invention comptable !

Réclamer du pain dans une boulangerie lorsqu'on ne peut l'acheter est chose courante. Toujours ce lien de la solidarité qui n'est jamais trop court. Plus d'une fois j'ai assisté à cette jolie pratique qui se fait naturellement.
Quand à ceux qui ne font pas partis de cette chaine, personne ne leur en tient rigueur. On dit qu'ils devront voir avec leur conscience.

Tichy est une ville cotière très agréable. Telle qu'en rêvent les touristes en mal de beauté et de calme. Ce fut une balade toute simple, sous une pluie fine. Avec de belles tranches de rires.
Le retour se fait en bus puiqu'il y a tout de même pas mal de kilomètres depuis Béjaïa.
Nous tombons sur un chauffeur original. Musique "Rap" et gestes qui accompagnent la folie musicale.
Une vague impression de déjà vu... de l'autre côté de la Méditerranée.
Le receveur circule afin de venir chercher le montant du voyage. Rachid lui répond qu'il n'a pas d'argent. C'est la seconde fois qu'il fait cela, rien que pour me démontrer que c'est possible de dire qu'on a un soucis d'argent.
La réponse ne se fait pas attendre, bien que le monsieur ne croit pas du tout à cela.
Avec une note d'humour il dit à Rachid : "Et bien, je travaille aussi gratuitement à l'occasion".
Le flegme algérien n'est pas qu'une simple blague.  Il est réel !
Ils ont une phylosophie de la vie qui peut surprendre.

Une petite anecdote amusante, comme il y en a tant de ce côté-ci.
Il est question d'un vieux monsieur qui veut passer son permis de conduire. Voilà qu'il se présente pour la vingtième fois devant l'examinateur qui pense que cela ne peut pas durer plus longtemps. Il décide de lui poser la question la plus simple qui soit. Il veut qu'il obtienne son permis. Il veut surtout ne plus le revoir.
Voici la question :
"Voilà, tu te trouves à une intersexion. Il y a quatre voitures qui attendent de passer, avec la tienne comprise. Laquelle vas-tu laisser passer en premier ?"
"Tu sais cousin, à mon âge on n'est pas préssé... alors je les laisse toutes passer, puis je passe à mon tour"
Ce jour-là il a obtenu son permis.

Dans mon quartier, je vois parfois, des chiens élégants portant manteaux. En fourrure ou pas.
Ici, j'ai vu un chien vêtu d'un tee-shirt.
Du rire et de la bonne humeur assurés.

Aujourd'hui, la mer s'est assoupie comme un chat. Langoureusement. Le soleil la caresse et la fait scintiller tel un diamant.
La longue chaine montagneuse des Babors la serre dans ses bras, avec délicatesse. Matinée presque irréelle.
Puis j'ai surpris sa majesté le soleil en fin d'après midi, lorsqu'il s'est positionné du côté du couchant. Les rayons se sont accrochés aux crètes des sommets enneigés. Ils réfléchissent des éclats sur cette blancheur immaculée.
La Grande Bleue joue quand à elle, avec les nuances azurées. C'est l'heure des sorties pour quelques barques et bateaux de pêche. Une mer d'huile les accompagne dans leur glissade. Un bleu marine s'étend jusqu'à l'horizon mouvant.

Béjaïa se laisse embrasser par la somptueuse montagne des Babors. Le mauve et le rose se rejoignent au dessus de l'Ouest. Les forêts et les feuillus de la ville se sont vêtus de sombre. Le crépuscule va les jeter dans une pénombre qui gagne du terrain. L'horizon opposé s'embrase d'or et de paille. Une belle fluorescence de jaunes. Intenses instants plantant le décor. L'orange velours prend d'assaut les montagnes proches.
Les derniers éclats explosent avant de s'éteindre.

L'Algérie ne laisse pas indifférent. Tout peut se conjuguer... Paysages et habitants. Qui peut demeurer insensible ?

.                                                                                                                                               ... / ...



par Mariliane publié dans : Voyages communauté : ALGERIE DECOUVERTE
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