Le temps de l'enfance semble parfois très proche, dès que se déroulent les souvenirs. Alors s'approchent les images. Un travail de mémoire fort agréable tout compte fait.
Après le texte déposé hier, s'est mis à défiler un passé lointain, qui n'a pas l'air d'avoir pris une seule ride. Ce sont des moments intenses où même les parfums arrivent à chatouiller nos
narines. Du moins est-ce toujours cette impression indéfinissable qui vient réveiller nos sens en éveil même à une distance aussi longue... cette sensation est tout de même curieuse.
Mais je ne vais jamais au delà de mon questionnement, je prends !
La suggestion serait-elle tellement forte que l'esprit lui-même se met à aller cueillir des sensations ?
Curieux aménagement que celui de la mémoire...
Après de poétiques pensées, le texte s'impose pour cette cueillette aux couleurs marocaines.
Me voilà de nouveau vagabonde sur mes pages blanches. Je n'ai même pas besoin de forcer l'imaginaire. Coule telle une rivière qu'aucun obstacle ne vient tirer de son long cour sinueux...
Je me revois fort bien tout comme je le décris dans ma prose. Assise sur une murette qui semblait avoir été taillée dans la pierre. Une grosse masse rocheuse travaillée sans ménagement. Un banc
bien agréable pour les enfants du coin venant chercher sur ce bord de route un passage souhaité. Il faut dire qu'à l'époque, ce petit coin de campagne n'était pas très visité, et encore moins
passager.
Me voilà donc à quelques kilomètres de Marrakech. Sept me semble-t-il... selon les dire des adultes.
C'est le plein été, entre la propriété d'un homme riche et important, et une ferme agricole. Vergers à perte de vue.
Oranges en grande majorité, mais j'ai pu goûter à quelques mandarines, pamplemousses et citrons tout aussi bien arrachés de leurs branches. De petits larcins d'enfants... avec toutes la prudence
que cela requiert. Forcément ! A ce petit jeu là j'étais une experte.
Les fruits éclataient de lumière sous les rayons du soleil, durant la journée. Cette luminosité faisait danser les ors et les oranges. Enfouis dans les verts feuillages, l'offre nous paraissait par
trop tentante. A ces merveilles, face à ces vergers un exceptionnel contraste harmonisait le tout. Devant cette ferme généreuse, où mes parents louaient un trois pièces, s'ouvrait l'ocre et le
jaune chatoyant du désert. Avec la magnifique parure de l'Atlas pour horizon dentelé. Les sommets enneigés enluminés du bleu céleste. Splendeur d'aiguilles qui n'ont eu de cesse de bercer les
quelques petites années de mon enfance passées dans ce coin de nature. Juste aux portes du désert.
A ce moment là je ne savais rien de la neige. Mais elle me souriait, elle était là, présente et prête à se laisser admirer. Vous pensez bien que je ne m'en suis pas privée.
On la racontait glaçiale, ce que j'avais bien du mal à imaginer. Ici, les étés on ne ressentait que la moiteur d'une chaleur frôlant presque les 40° ou parfois l'atteignant. Sans frigidaire pour
repère, voilà qui compliquait la recherche mentale.
Je ne me souviens même pas des hivers de cette partie de l'Afrique du Nord. Alors que les hivers algériens, je ne les ai pas oublié.
Nos nuits d'été se prolongeaient dans les plaisirs du temps que nous ne comptions pas. Le sommeil tardait souvent à venir par de telles températures, où le vent s'invitait rarement. Après une
journée à fuir la dureté du soleil, la nuit nous délivrait de cette tension dans la recherche absolue de l'ombre. Quelques petits degrés de moins n'étaient pas négligeables. C'est ainsi que devant
les portes s'installaient les habitants des lieux. Sur le pas de leurs maisons, les femmes se retrouvaient pour discuter de soucis ménagers, ou pour nous faire entrer dans l'intimité d'autres
familles. La bonne humeur n'oubliait jamais d'être présente. Un trait bien d'Afrique du Nord où les problèmes vont et viennent entre les rires. Magie africaine... un peu détourner les larmes au
bénéfice du rire.
Nuits profondes. Nuits chaudes. Nuits calines. C'est ainsi que je revois cet épisode d'une partie de mon enfance.
Avec d'autres enfants, ou bien avec la seule compagnie de mon père, une échappée belle, à observer le ciel.
Avec lui il y avait toujours des pages "découvertes". Leçons de choses ou bien voyages nature.
J'affectionnais particulièrement ses connaissances astronomiques. Sa propre documentation me semblait inépuisable. Agréable à écouter pour l'enfance curieuse. Et pendant qu'il racontait, tous mes
sens étaient en vacances. Je le suivais pas à pas... ou m'échappait en émotions ou parfums.
Je faisais alors des cueillettes parfumées grâces à toutes ces oranges proches, dont l'oportune soirée leur était favorables pour un laché nocturne parfumé. Ce qui n'était encore rien à côté de la
saison des floraisons.
L'électricité n'étant pas au rendez-vous dans ce coin loin de la ville, on s'accomodait facilement des ombres, les jours où la lune nous boudait.
Dans les foyers, la lampe à pétrole suivait la maitresse de maison dans ses déplacements. Ce qui plongeait dans la nuit, durant quelques minutes, une pièce ou l'autre. Ce qui n'était pas pour
déplaire aux enfants qui n'attendaient que cette opportunité pour faire disparaitre des objets, ou pour jouer à se faire peur.
A l'extérieur, le bonheur était bien plus grand. Ce voile sombre rapprochait la nature. Il n'y avait qu'à ouvrir grand ses oreilles. La nature s'amusait alors à bouger de façon irréelle. Les
bruits devenaient étonnant à écouter pour l'oreille de l'enfance.
C'était la démesure dans le frolement d'ailes des rapaces nocturnes. Au dessus de nos têtes s'animait la gent ailée. Le ballet de la chauve souris est ce qui nous paraissait le plus
extraordinnaire. En couple ou en une petite poignée, ces véloces de la nuit nous ne faisions que les sentir, ou très rapidement deviner leurs silhouettes.
Les grillons servaient leurs concerts infinis, tandis que le chant des reinettes s'élevaient par salves.
Le discret clapotis de l'eau, drainé par le canal proche, se détachait au milieu du mélange des genres.
Au-delà, les animaux sauvages semblaient rire, entre deux aboiements lointains. Parfois, le frisson était là .
Fabuleuses nuits respirant la vie et découvrant une magie unique.
Tout là-haut le ciel lui aussi avait tendu sa voilure ouverte sur une voie lactée où la superbe était de mise.
Les étoiles ne manquaient pas à l'appel, quand déjà les constellations se dessinaient dans cette masse agencée d'une manière redoutable.
Je suivais le doigt de mon père qui désignait par leurs noms qui une étoile, des constellations ou certaines planètes. Il pouvait ainsi amener des étoiles dans mes propres yeux, tant il y avait
cette conviction magique de celui qui a appris à aimer la nature.
Je me souviens que déjà il parlait du trou dans la couche d'ozone. Quel inconditionnel amoureux de cette planète où la beauté est partout reine, lorsque la patte de l'homme n'y est pas encore mise.
Il nous parlait de préservation et de respect.
C'était il y a plus de cinquante ans... C'est dire si déjà à cette époque les scientifiques essayaient de remuer les consciences. Mais comme nous avons tendance à ne réagir que devant l'urgence, ou
à coups d'émotions, la bétise humaine et les lobbies du profit ont encore de beaux jours devant eux.
Lorsque dame Lune était présente, notre campagne s'annonçait lumineuse. Telle de l'argent bien nettoyé.
Alors, aucun détail ne nous échappait. Les feuilles des arbres luisaient. La large route qui coupait les vergers brillait timidement. Elle s'éloignait d'un côté vers Marrakech, et de l'autre vers
des horizons qui me sont restés inconnus. Que de fois cette voie menant à Marrakech m'a invité à l'emprunter. Tellement fort, qu'un jour je me suis sentie portée à aller découvrir la grande ville.
C'est ainsi que sur une charette tirée par un ane, me suis-je embarquée avec trois autres compères, rênes entre les mains... Le propriétaire ne put imaginer ce jour-là que nous le laisserions sans
véhicule. En abandonnant avec confiance son bien devant nous, il ne pu lire dans nos regards notre malicieuse envie de disposer de l'offre si gentiment mise à disposition. C'est ainsi que nous
primes la clef des champs.
Les grands espaces, la liberté de s'échapper c'était notre lot quotidien pour ces enfants de la campagne. Un temps de l'enfance bien heureuse. L'enfance a besoin de place. Ce qui peut rendre les
sottises moins grandes. Toutes proportions gardées. Quelques légitimes frayeurs pour les adultes, parfois... mais aucun sentiment d'étouffement.
Ni d'oppression dû à un enfermement entre les murs d'un appartement, ou des tours avec quelques milliers d'habitants.
Les nuits marocaines me portent vers celles tout aussi superbes, aux couleurs de l'été algériennes. Encore bien autre chose. Différente. Mais tout aussi passionnante à mes yeux...
Je vous raconterais d'autres épisodes de mon enfance entre le Maroc et L'Algérie... pays superbes en paysages et délicieux pour le contact humain...
Bonne journée mariliane et à bientôt.
Des jardins pour y faire des bêtises
D'où on revient des petites fleurs à la main
Quand on a déchiré sa chemise
Des jardins aux odeurs sauvageonnes
Ca vaut celles des oxydes de carbone.
bien a vous
Bon week end...
Lorent
Gros bisous de la nuit.