Voyages

Mardi 20 janvier 2009

Le temps de l'enfance semble parfois très proche, dès que se déroulent les souvenirs. Alors s'approchent les images. Un travail de mémoire fort agréable tout compte fait.
Après le texte déposé hier, s'est mis à défiler un passé lointain, qui n'a pas l'air d'avoir pris une seule ride. Ce sont des moments intenses où même les parfums arrivent à chatouiller nos narines. Du moins est-ce toujours cette impression indéfinissable qui vient réveiller nos sens en éveil même à une distance aussi longue... cette sensation est tout de même curieuse.
Mais je ne vais jamais au delà de mon questionnement, je prends !
La suggestion serait-elle tellement forte que l'esprit lui-même se met à aller cueillir des sensations ?
Curieux aménagement que celui de la mémoire...
Après de poétiques pensées, le texte s'impose pour cette cueillette aux couleurs marocaines.
Me voilà de nouveau vagabonde sur mes pages blanches. Je n'ai même pas besoin de forcer l'imaginaire. Coule telle une rivière qu'aucun obstacle ne vient tirer de son long cour sinueux...

Je me revois fort bien tout comme je le décris dans ma prose. Assise sur une murette qui semblait avoir été taillée dans la pierre. Une grosse masse rocheuse travaillée sans ménagement. Un banc bien agréable pour les enfants du coin venant chercher sur ce bord de route un passage souhaité. Il faut dire qu'à l'époque, ce petit coin de campagne n'était pas très visité, et encore moins passager.
Me voilà donc à quelques kilomètres de Marrakech. Sept me semble-t-il... selon les dire des adultes.
C'est le plein été, entre la propriété d'un homme riche et important, et une ferme agricole. Vergers à perte de vue.
Oranges en grande majorité, mais j'ai pu goûter à quelques mandarines, pamplemousses et citrons tout aussi bien arrachés de leurs branches. De petits larcins d'enfants... avec toutes la prudence que cela requiert. Forcément ! A ce petit jeu là j'étais une experte.
Les fruits éclataient de lumière sous les rayons du soleil, durant la journée. Cette luminosité faisait danser les ors et les oranges. Enfouis dans les verts feuillages, l'offre nous paraissait par trop tentante. A ces merveilles, face à ces vergers un exceptionnel contraste harmonisait le tout. Devant cette ferme généreuse, où mes parents louaient un trois pièces, s'ouvrait l'ocre et le jaune chatoyant du désert. Avec la magnifique parure de l'Atlas pour horizon dentelé. Les sommets enneigés enluminés du bleu céleste. Splendeur d'aiguilles qui n'ont eu de cesse de bercer les quelques petites années de mon enfance passées dans ce coin de nature. Juste aux portes du désert.
A ce moment là je ne savais rien de la neige. Mais elle me souriait, elle était là, présente et prête à se laisser admirer. Vous pensez bien que je ne m'en suis pas privée.
On la racontait glaçiale, ce que j'avais bien du mal à imaginer. Ici, les étés on ne ressentait que la moiteur d'une chaleur frôlant presque les 40° ou parfois l'atteignant. Sans frigidaire pour repère, voilà qui compliquait la recherche mentale.
Je ne me souviens même pas des hivers de cette partie de l'Afrique du Nord. Alors que les hivers algériens, je ne les ai pas oublié.
Nos nuits d'été se prolongeaient dans les plaisirs du temps que nous ne comptions pas. Le sommeil tardait souvent à venir par de telles températures, où le vent s'invitait rarement. Après une journée à fuir la dureté du soleil, la nuit nous délivrait de cette tension dans la recherche absolue de l'ombre. Quelques petits degrés de moins n'étaient pas négligeables. C'est ainsi que devant les portes s'installaient les habitants des lieux. Sur le pas de leurs maisons, les femmes se retrouvaient pour discuter de soucis ménagers, ou pour nous faire entrer dans l'intimité d'autres familles. La bonne humeur n'oubliait jamais d'être présente. Un trait bien d'Afrique du Nord où les problèmes vont et viennent entre les rires. Magie africaine... un peu détourner les larmes au bénéfice du rire.

Nuits profondes. Nuits chaudes. Nuits calines. C'est ainsi que je revois cet épisode d'une partie de mon enfance.
Avec d'autres enfants, ou bien avec la seule compagnie de mon père, une échappée belle, à observer le ciel.
Avec lui il y avait toujours des pages "découvertes". Leçons de choses ou bien voyages nature.
J'affectionnais particulièrement ses connaissances astronomiques. Sa propre documentation me semblait inépuisable. Agréable à écouter pour l'enfance curieuse. Et pendant qu'il racontait, tous mes sens étaient en vacances. Je le suivais pas à pas... ou m'échappait en émotions ou parfums.
Je faisais alors des cueillettes parfumées grâces à toutes ces oranges proches, dont l'oportune soirée leur était favorables pour un laché nocturne parfumé. Ce qui n'était encore rien à côté de la saison des floraisons.
L'électricité n'étant pas au rendez-vous dans ce coin loin de la ville, on s'accomodait facilement des ombres, les jours où la lune nous boudait.
Dans les foyers, la lampe à pétrole suivait la maitresse de maison dans ses déplacements. Ce qui plongeait dans la nuit, durant quelques minutes, une pièce ou l'autre. Ce qui n'était pas pour déplaire aux enfants qui n'attendaient que cette opportunité pour faire disparaitre des objets, ou pour jouer à se faire peur.
A l'extérieur, le bonheur était bien plus grand. Ce voile sombre rapprochait la nature. Il n'y avait qu'à ouvrir grand ses oreilles. La nature s'amusait alors à bouger de façon irréelle. Les bruits devenaient étonnant à écouter pour l'oreille de l'enfance.
C'était la démesure dans le frolement d'ailes des rapaces nocturnes. Au dessus de nos têtes s'animait la gent ailée. Le ballet de la chauve souris est ce qui nous paraissait le plus extraordinnaire. En couple ou en une petite poignée, ces véloces de la nuit nous ne faisions que les sentir, ou très rapidement deviner leurs silhouettes.
Les grillons servaient leurs concerts infinis, tandis que le chant des reinettes s'élevaient par salves.
Le discret clapotis de l'eau, drainé par le canal proche, se détachait au milieu du mélange des genres.
Au-delà, les animaux sauvages semblaient rire, entre deux aboiements lointains. Parfois, le frisson était là .
Fabuleuses nuits respirant la vie et découvrant une magie unique.
Tout là-haut le ciel lui aussi avait tendu sa voilure ouverte sur une voie lactée où la superbe était de mise.
Les étoiles ne manquaient pas à l'appel, quand déjà les constellations se dessinaient dans cette masse agencée d'une manière redoutable.
Je suivais le doigt de mon père qui désignait par leurs noms qui une étoile, des constellations ou certaines planètes. Il pouvait ainsi amener des étoiles dans mes propres yeux, tant il y avait cette conviction magique de celui qui a appris à aimer la nature.
Je me souviens que déjà il parlait du trou dans la couche d'ozone. Quel inconditionnel amoureux de cette planète où la beauté est partout reine, lorsque la patte de l'homme n'y est pas encore mise. Il nous parlait de préservation et de respect.
C'était il y a plus de cinquante ans... C'est dire si déjà à cette époque les scientifiques essayaient de remuer les consciences. Mais comme nous avons tendance à ne réagir que devant l'urgence, ou à coups d'émotions, la bétise humaine et les lobbies du profit ont encore de beaux jours devant eux.

Lorsque dame Lune était présente, notre campagne s'annonçait lumineuse. Telle de l'argent bien nettoyé.
Alors, aucun détail ne nous échappait. Les feuilles des arbres luisaient. La large route qui coupait les vergers brillait timidement. Elle s'éloignait d'un côté vers Marrakech, et de l'autre vers des horizons qui me sont restés inconnus. Que de fois cette voie menant à Marrakech m'a invité à l'emprunter. Tellement fort, qu'un jour je me suis sentie portée à aller découvrir la grande ville. C'est ainsi que sur une charette tirée par un ane, me suis-je embarquée avec trois autres compères, rênes entre les mains... Le propriétaire ne put imaginer ce jour-là que nous le laisserions sans véhicule. En abandonnant avec confiance son bien devant nous, il ne pu lire dans nos regards notre malicieuse envie de disposer de l'offre si gentiment mise à disposition. C'est ainsi que nous primes la clef des champs.
Les grands espaces, la liberté de s'échapper c'était notre lot quotidien pour ces enfants de la campagne. Un temps de l'enfance bien heureuse. L'enfance a besoin de place. Ce qui peut rendre les sottises moins grandes. Toutes proportions gardées. Quelques légitimes frayeurs pour les adultes, parfois... mais aucun sentiment d'étouffement.
Ni d'oppression dû à un enfermement entre les murs d'un appartement, ou des tours avec quelques milliers d'habitants.

Les nuits marocaines me portent vers celles tout aussi superbes, aux couleurs de l'été algériennes. Encore bien autre chose. Différente. Mais tout aussi passionnante à mes yeux...

Je vous raconterais d'autres épisodes de mon enfance entre le Maroc et L'Algérie... pays superbes en paysages et délicieux pour le contact humain...





Par Mariliane
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Mardi 5 août 2008

A présent, lorsque je pense à l'Algerie, c'est ainsi que dans ma tête se présente ce coin de terre.

Tel l'éclat finissant qui se projete au dessus des montagnes, et laissant sur la mer tranquile, des vagues dormantes. Le ciel se coiffe d'une douce aquarelle enflammée, que quelques nuages amuse.
L'apaisante fin de journée a sonné. Sa parure s'offre tendresse pour tous les amoureux de nature...
C'est ainsi que si régulièrement je me laisse emporter sur des souvenirs qui eux se réveillent à chaque coucher de soleil. Ces régulières plongées me disent que j'étais bien bougeante durant mes années Algerie...
Des souvenirs colorés et jalonnés d'anecdotes.
Je vous embarque avec moi, pour une plongée dans l'une d'elle.

Ce que j'ai oublié, c'est comment j'ai pu atterir chez les religieuses. Notamment dans l'une des associations catholique, dite : Jeunesse Ouvrière Catholique (J.O.C). D'autant que je ne travaillais pas encore.
Je n'ai fait qu'un court passage parmi eux, mais je pense que durant quelques années  ma folle balade, ils ont eu  du mal à  l'oublier.

C'était le temps où on organisait des camps pour la jeunesse. Filles et garçons étions bien encadrés. Celui 
que j'ai connu se composait également d'une religieuse et d'un prêtre. J'avais 14 ou 15 ans.
Je revois les tentes dressées. Ces tentes dont la couleur militaire sonnait déjà le couplet. Tout le monde dormait sous le même toit, avec un rideau de séparation entre filles et garçons. Un coin pour le rangement cuisine, et autres ustensiles indispensables. A charge pour les campeurs de ranger leur coin nuit.
Le soir, lors des veillées, les chansonnettes nous étaient offertes au son de la guitare.
Au milieu d'une nature luxuriante, tout aussi parfumée que colorée, nous avions pris nos marques.
Etant proches d'un ruisseau, celui-ci nous chantait la douceur de ses clapotis continus. Grillons et cris de certains petits animaux nocturnes, nous servaient de calines douceurs. 
Lorsque nous étions sous nos tentes, allongés sur nos matelas, certaines petites bêtes s'amusaient à tourner autour de notre toile. Glissements imperceptibles. Petits chocs incompréhensibles. La nuit profonde etait remplie d'inconnus mouvements.
Mais c'était aussi l'occasion parfois de s'en aller dans de grandes discussions entre filles. Rire garanti sous la toile... et d'impératives demande de silence.

Les charges étaient équitablement partagées. Pas une seule seconde, je n'en ai douté.                                       
Seulement, les corvées de vaisselle ou du rangement autour des tentes, ce n'était pas très passionnant.
Il nous semblait même que les garçons en oubliaient d'être rappelés aux joies des tâches ménagères. Un petit détail pas très au goût des filles... en plus, ces longues journées à se raconter, ou à chanter en grattant l'instrument du camp, me semblait un peu trop tranquile. Ceci ajouté aux corvées, mon esprit s'est mis à vagabonder.
Un jour je soumis une idée à mes deux plus proches compagnes. Au départ cela leur sembla un peu fou. Et irréalisable, bien sur. Ce qui n'empêcha pas à la chose de faire son bout de chemin dans leurs têtes.

Elles aussi voulaient mettre de la couleur dans leurs journées.
Donc, ce qui germa, s'insinua petit à petit et devint enfin l'objectif.
Nous parcourerions villes et villages... en auto-stop !
Tout fut planifié dans le moindre détail. Je parle du parcours, évidemment. Car nous n'avions pas le moindre sou en poche. C'était le chef de camp qui détenait notre pincée d'argent de poche.
Il nous fallait toutefois convaincre un garçon plus agé que nous, pour nous servir de protecteur.  Cela faisait plus sérieux.  Et  faire du stop comportait un certain risque comme on nous l'avait si souvent répêté.
Nous ne choisîmes pas n'importe quel gars. Il s'agissait du moniteur du groupe. Pourquoi pas ?
Je me demande, aujourd'hui encore, comment il avait pu accepter de nous suivre dans notre délire de gamines...
Avec peu de bagage, nous primes la clef des champs, à l'aube, un certain jour.

Avec beaucoup de complaisance, les voitures se sont arrêtées. Un peu à pieds, puis beaucoup en voiture, nous avons parcouru des kilomètres. Le plaisir était immense, complet. Une visite sur des terres sèches ou très verdoyantes. Nous prenions le temps de visiter, de fouiller la nature. Nous nous exclamions sur tout. Et nous rigolions énormément. Mentalement, la cueillette de paysages superbes nous ont semblé venir à notre rencontre.
Premier objectif : Tizi-Ouzou. Nous n'en étions qu'à quelques kilomètres.
Que faire une fois sur place ? Où manger, et surtout avec quoi ? Notre homme du groupe n'avait que peu d'argent lui-même. Et le projet était de tenir jusqu'à la fin des vacances...
Mon idée fut adoptée à l'unanimité : Proposer au restaurateur de faire sa vaiselle du midi avant de reprendre la route. Installés dans un restaurant modeste, j'explique l'offre au patron des lieux. Rires de sa part. Mais il accepte !
Je crois qu'il doit rire encore devant le culot de notre jeunesse.

Je dois vous préciser que c'était l'époque après l'indépendance.
Ce qui a effrayé les responsables du camp lorsqu'ils ont constaté notre escapade. Ma mère était dans tous ses états, selon ce que j'ai su. Ce qui n'a pas empêché mon père de penser que toutes mes idées allaient toujours dans le même sens. Celui de l'aventure et du pied de nez aux règles... Pas d'avis de recherche donc, sur nous.
On attendrait le retour des campeurs en vadrouille.

Quand à nous quatre, nous avons vécu des moments tellement agréables.
Les gens ont été généreux. Chaleureux au possible. Car nous fumes invités chez l'habitant durant ce parcours, lorsque nous vagabondions loin des villes.
Je crois bien que je n'ai jamais eu conscience d'aucun danger.
Les faits ont toujours confirmé que la peur ou la méfiance n'est pas vraiment le chemin qui mènent jusqu' aux portes du coeur des gens.
Les algeriens n'ont jamais changé à mon égard. Je n'ai jamais ressenti de l'hostilité de leur part.
Il y a eu quelques petits malentendus, mais vu mon état d'esprit aventurier, il était évident que parfois de petites confrontations pouvaient survenir.
J'ai vraiment aimé ces années là !

Mon besoin de bouger, d'espace, j'ai pu y toucher, largement... ce fut un bonheur que d'avoir pu le faire.
D'avoir osé le faire.
Ces plongées dans ce merveilleux pays, fait briller mon regard, dès que je fais des retours.




Les rues où se baignent les rayons brulants... Vides à certaines heures de la journée en été...
Même le peu de mouvement donne une certaine forme au regard qu'on pose sur elles.
Magiques même dans ce qui fait la pause qui invite à la sieste.




Les gens affairés autour des étals. Les vendeurs presque en sommeil. Les passants allant de leur pas tranquile.
Une flânerie qui s'impose d'elle-même...




J'aime ces rues... ces gens généreux... ces villes au regard différent....

et les paysages fabuleux... délicieusement invitant.


Par Mariliane
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Mercredi 23 juillet 2008

Affreville ! Aujourd'hui Khemis Miliana. De cette ville je n'ai gardé qu'un vague souvenir...
Ce qui me revient en mémoire, ce sont ces belles allées de platanes, dont le feuillage se rejoint au dessus des rues. Un magnifique tunnel ombragé, pour les étés chauds de la région.
Petite capitale de sa région, on la nomme la "Reine" du Cheliff. Pourtant à sa naissance elle n'est qu'un petit hameau groupant des déportés politiques. Elle ne vivait que de l'élevage des vers à soie, puis de la fabrication du crin.
J'ai en mémoire surtout ses jolies quartiers sympathiques. Et sa piscine bien sur. Une rencontre obligée avec la fraicheur. Son plongeoir était une ascension obligée. On s'y installait pour bronzer également. Nous étions nombreux à plonger de cette hauteur. Un jeu que les enfants que nous étions, aimaient à essayer. Juste pour le plaisir de fendre l'eau raffraichissante.
Je crois que ce fut mon père qui m'apprit mes premières brasses. A la manière d'un chiot, j'avançais sur le liquide bienveillant, où il arrivait qu'on se bouscule pour cause d'encombrement. L'été était propice à de telles rencontres...
Nous habitions un petit immeuble dans un quartier proche de celui qu'on appelait durant la désagréable période de guerre, le quartier arabe. Déjà une séparation, rien que dans les mots.


Après Sidi-Bel-Abbès, où les bombes explosaient régulièrement, avant que nous quittions la ville... à Affreville nous retrouvions les hostilités folles d'hommes en mal de guerre. Lorsque les explosions se rapprochaient de nos habitations, je revois ma mère perdant connaissance. Pour un temps elle quittait les frayeurs de notre quotidien.
Elle ne devait pas être la seule à réagir de la sorte.
Une violence sans nom s'était insidueusement installée dans le pays. Nos jeux enfantins prenaient une autre forme. L'enfance n'avait pas encore conscience des raisons de tant d'horreurs semées dans tout le pays. Aller à l'école devenait le parcours de tous les dangers.
Heureusement, nous étions quelques européens à n'avoir pas renoncé à nos amitiés algériennes.
A l'école des parents, lorsque nous gagnions notre domicile, il n'était pas question de rejeter celles-ci pour le seul motif que les parents algériens désiraient obtenir la reconnaissance "d'êtres humains", dont ils furent privés. En un mot, leur dignité. S'il fallait passer par l'indépendance, voilà qui était compatible avec leurs revendications.
C'est ce que j'ai entendu chez nous, durant quelques années.
Alors, me suis-je toujours demandé, pourquoi cet acharnement à tuer avant de rendre un bien légitime ? Un bien qui ne nous appartenait pas ! La violence et les  bombes ont gaché un nombre incalculable d'amitiés.
Les colons étaient des acharnés. A la mentalité malsaine.
Lorsqu'ils parlaient de l'Algérie c'était : Leurs biens... leur pays... leurs indigènes. L'abandon n'était même pas programmé dans leur esprit. Quitte à tout balayer sur leur passage. Ce qu'ils ont d'ailleurs fait.
Bien sur, ils mirent des années à défricher certaines terres sur lesquelles ils ont édifié des constructions.
Mais l'Algérie n'a jamais été une terre inculte, lorsque la France est allée s'imposer dans le pays. Bien au contraire.
Le pays était riche et possédait une formation gestionnaire qui dépassait de beaucoup, d'autres nations.
Jusqu'en Amerique on entendit parler des richesses algeriennes.

La colonisation ne s'est pas faite dans la douceur.
Cela nous aurait-il échappé ?

Orleanville ou El Asnam n'étant pas loin, nous avons bien des fois ressenti les secousses sismiques de notre voisine. Lorsque nous le pouvions, nous sortions de la maison.  Perdre l'équilibre sans aucun moyen logique de le garder, voilà qui ne demandait pas plus à nos têtes d'enfants, pour nous amuser de la chose.
Mais pour les habitants d'El Asnam, c'était bien différent. Le temps ne jouait pas en leur faveur. Que de morts après tous ces tremblements de terre. D'effrayantes images nous parvenaient à travers les journaux de l'époque.
Tristesse et consternation sur le visage des adultes.

Après Affreville, je me retrouve dans la capitale. Je devais avoir entre 12 ou 13 ans. C'est à Hussein-Dey, dans un deux pièces que nous nous retrouvons.
Découvrir la grande ville. Faire connaissance avec Alger ne m'a posé aucun problème. J'ai investi les rues et les quartiers. Curiosité oblige, après l'espace nature, l'espace béton. Sans perdre de vue mon besoin de liberté et d'espace, je suis partie à la conquète d'Alger la blanche.
C'est avec ma mère tout d'abord que j'ai parcouru ces lieux, avec très vite le désir de les investir en solitaire.
Ce que je n'ai pas tardé à faire, à l'heure de l'adolescence. Quelquefois en compagnie de ma soeur ou d' amis.
Les hauteurs d'Alger, ses plages, et au delà d'Hussein-Dey... entre autre, Fort-de-l'Eau on fait parti de balades délicieusement agréables.
A pieds la plupart du temps, en longeant la route moutonnière, très souvent.
Avec vue sur la Mediterranée, où les bleus se font tendres ou profonds.
J'ai effacé de ma mémoire les noms des rues. Eparpillé on ne sait où, mais je saurais retourner dans chacune d'elles, sans aucun problème. Que de fois m'est-il arrivé de parcourir tout ces endroits... en les rêvant seulement.
C'est dans un lycée d'Hussein-Dey que j'ai rempli ma tête. Ce lycée se situait dans la prolongation d'une place, juste en face du cinéma du quartier.
Paresseuse et un peu rebelle contre toute forme d'obligation, je n'ai pas brillé sur les bancs de l'école...
Mes rapports avec les enseignants furent tendus... du plus loin que je me souvienne.
Certains d'entre eux n'ont pas fait preuve d'une pédagogie saine.
C'était encore le temps des punitions à ralonges. Et des humiliations à répétitions.  Quelle détestation pour les maths et l'anglais ! Deux matières ayant fait un cursis très court dans mon esprit. Un vrai blocage mental si j'en crois ce qui m'en reste. Ne me parlez pas en anglais, je ne comprends pas un traitre mot.
Quand aux maths, je sais compter, c'est déjà pas mal.
Mon allergie pour le corps enseignant de l'Algérie française était un fait établi.
Mes rapports avec mes camarades de classes étaient tout autant houleux. Ces petites filles, et plus tard, ces jeunes filles précieuses, bien mises sur elles, n'avaient que faire de celle que j'étais.
Ces enfants de colons ne recherchaient pas ma compagnie. Ils niaient même ma présence. Un rejet total, tel que je l'ai ressenti alors.
Je ne voulais pas plus d'elles dans ma vie.

J'avais mes entrées chez les familles algeriennes. Mes camarades me tiraient souvent chez elles. Depuis toujours, ces parents ont fait montre d'une grande générosité à mon égard. Chose ressentie, au Maroc aussi.
Je n'ai finalement jamais su comment était la maison de ceux qu'on appelle "les pieds noirs", alors que j'habitais en Algérie. Sauf une seule fois, lors d'une surprise partie organisée par la jeunesse des années soixante. Je n'ai pas oublié leurs moqueries à mon encontre. Fugace souvenir...
Tout cela sur fond de guerre. Une ambiance détestable. La peur étant palpable.
On ne parlait que de mort, dans un camp ou dans l'autre.
L'armée française était partout, la mitraillette au flanc. Les algeriens n'en menaient pas large. Les fouilles étaient humiliantes, voire violentes... difficile d'oublier ces images ?

Qui commença les hostilités ? Le savoir aurait-il changé quelque chose ? Etait-ce vraiment important ?

Les algeriens ont réagi avec une violence inouie.
Mais ne subissaient-ils pas une violence cruelle, depuis tant d'années ? Faire leur seul procès serait déjà une violence. Relater les faits de cette période de la colonisation avec honnêteté me semble acceptable.
Aujourd'hui encore beaucoup de "pieds noirs" la refuse. N'ont-ils pas su analyser leur propre histoire ?
Il m'est arrivé, rarement, je dois le reconnaitre, d'essayer de mettre leur mémoire à contribution, dès qu'ils se lancent sur des propos tendancieux. Leur réponse m'a toujours étonnée. Ils me disent que je ne sais rien car je n'étais pas là bas durant ces années là.
Non seulement j'y étais pendant, mais aussi après l'indépendance. Ce n'est qu'en 1968 que je quitte Alger.
Etaient-ils si préoccupés par leur petit monde bien fermé qu'ils ont oublié qu'il y avait d'autres humains à leurs côtés ?
Ces années difficiles ne m'ont pas empêchées de vivre comme je l'entendais. Même si parfois j'ai déclanché quelques hostilités à cause de mon tempérament aventurier, ou contestataire.
Mes parents entretenaient d'excellents rapports de voisinage. Moi pas toujours. Mes années "adolescence" devaient se comprendre totale "soumission". Le profil bas à tout prix pour les filles.
Voilà que je ne l'entendais pas de cette oreille.
Nos sorties en ville, entre filles étaient des promenades qui ne faisaient pas l'unanimité dans le voisinage. Nous étions montrées du doigt. Mes réponses étaient en rapport avec la bétise des mâles comptant bien nous enfermer dans la cage de leur idée de principes. Qu'ils ne s'appliquaient pas à eux-mêmes, évidemment.
Notre seule préoccupation, et la mienne également, après l'indépendance aussi, c'était de gouter à des échanges amicaux. De partager d'interminables discussions. De nous balader dans les rues d'Alger. De nous offrir des après-midi cinémathèque, ou de nous installer à une terrasse de café. En un mot, toutes les curiosités saines d'une jeunesse au sortir du malaise de la guerre.
C'est de cela qu'il s'agissait, et qu'on ne parvenait pas à faire comprendre.
Ma propre mère a eu bien du mal à faire cette simple gymnastique mentale...

Ce qui me reste sur ces années Algérie ?
En toute franchise, des grands et des petits coups de bonheur. Des années d'espaces personnels. Un monde fabriqué par moi seule. En solitaire bien souvent, même si je prenais plaisir aux nombreuses compagnies de passage.
Et aussi, une mauvaise note pour ma mère.
J'ai du quitter l'Algerie sur notre mésentente. Un départ qui s'est imposé de lui-même. Fuir l'Algerie était le seul choix possible ai-je pensé...

J'ai effacé bien des souvenirs, sauf que je n'ai pas oublié mes collègues avec lesquels je travaillais au sein d'une banque. Et encore moins toutes ces amitiés d'un temps...
Comment oublier Alger, ville aussi magnifique que le pays l'est lui-même. La Casbah etait mon lieu privilégié. Régulièrement je m'y baladais.
Mes pauses au "Milk-Bar", sur sa terrasse, pour une dégustation de glace à la vanille, sont dans ma tête.
M'asseoir devant la Grande Poste était une autre de mes habitudes. Le tiroir de mes souvenirs m'emporte agréablement auprès d'un ami qui était plus un grand frère, avec qui j'ai vagabondé dans la grande ville. Que de rires et de bonne humeur à deux. Je n'ai pas oublié son visage ni ses gestes. Même celui de relever légèrement ses lunettes sur son nez. Gentillesse et générosité, il les conjuguait.
Je me souviens de la seule amie très proche que j'ai eu. Fatima. Perdue de vue dès qu'elle s'est mariée...

Alger que j'ai admiré depuis ses hauteurs. Une ville qui semble se jeter dans la Méditerranée, tout comme bien d'autres. De tous les horizons elle accueille les plus gros navires. Une porte ouverte vers l'extérieur.
Cette beauté blanche a elle aussi en son temps, fait vibrer mon coeur.
C'est en juillet 1968, que je quitte Alger. Je crois que le navire se nommait "Le Kairouan". Les cotes d'Alger s'éloignent, peu à peu... puis disparaissent. Je tourne une page, et laisse derrière moi les splendeurs d'un temps aux couleurs algeriennes.
Ce n'est qu'en 1985 que je retourne à Alger pour rendre visite à mes parents. Une semaine seulement auprès d'eux. Je pense que je ne devais pas être prête pour un tel retour. Je fus déçue par cette reprise de contact avec ma famille.

En décembre 2005, j'ai revu mon séjour à la hausse. Immense plaisir que ces retrouvailles, cette fois-ci, avec l'Algerie uniquement. C'était autre chose. Je ne suis restée que dans la région de la Kabylie, mais mon plaisir fut total.
Séjour trop court à mon goût même s'il s'est agi de presque deux mois. Mes escapades cette fois-ci, ça a été quelque chose... Petits et grands détails, l'Algerie m'a comblée à travers ses ressources humaines, et ses beautés inépuisables.

De l'Algerie d'aujourd'hui, on n'a pas envie d'en revenir.
Je n'ai qu'une hâte, y retourner !



Par Mariliane
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Mardi 22 juillet 2008

De nouveau, me voilà voyageant vers des contrées où la beauté se joue à coups de pinceau colorés.
Un pays où le soleil fait éclater les couleurs et les coeurs.
Je vais de nouveau vous entrainer dans une ville qui tient de la magie.
Du moins à mes yeux a t-elle une place plus que privilégiée.
C'est étonnant comme on peut s'attacher à une ville plus qu'à une autre.
Il faut dire à son corps défendant, que Béjaïa est de toute beauté. Elle se caractérise par son ancrage entre montagne et mer.
Je rêve encore, même après plus de deux années de distance, de Béjaïa la magnifique.
C'est en 2005 que je me suis trouvée sous l'emprise de son temperament. Ce n'est que justice que d'y revenir souvent, en pensée.
Cette ville est lumineuse de par ses bleus changeant et régnant sans partage. Le bleu du ciel impose ses reflets à la ville, et la profondeur de la mer se charge du reste. Le mariage est ravissant.
Rien qu'à prononcer son nom, cette ville dégage déjà un souvenir imagé, très lumineux. C'est un peu de magie qui s'impose. Je peux même me revoir parcourant son coeur. Ou me posant dans la cité.
Le port de Béjaïa tout d'abord, il embale régulièrement le mental de ses habitants. Il n'y a qu'à se poser sur la grande terrasse de la place du 1er Novembre (place Gueydon), accoudé à sa longue rambarde pour comprendre le délicat vertige qui anime l'observateur. Ce rendez-vous touristique n'échappe à personne. Cette grande place et ses terrasses de cafés sont d'un accueil chaleureux. Depuis sa hauteur plongeante, le port se livre dans toute son activité. Mais pas seulement. Il n'y a qu'à dériver vers l'espace ouvert, pour se rendre compte combien les bras des montagnes alentours ont le charme sauvage de paysages ensorcelants.
C'est au café "Richelieu" que j'aimais à me poser. Chaque jour, cela devint une habitude obligée. Je ne pouvais faire mes balades avant cette pose matinale, devant un thé.
Quelle que soit la promenade pensée par Rachid mon ami et guide, durant ce séjour, c'est là que nous dégustions notre premiere cuillette nature.

L'histoire dit que Béjaïa est l'une des plus ancienne ville d'Algerie. C'est d'ailleurs à partir de cette ville que les chiffres arabes furent popularisés en Europe.
Le mot bougie n'est apparu dans la langue française qu'au XIVe siècle, tiré de Bugaya (Bougie), une ville d'Algerie qui fournissait une grande quantité de cire pour la fabrication des chandelles.
Bejaïa est limitée à l'Est et au Sud Est par les Babors auxquels viennent se souder les Bibans, au Sud.
La mer Mediterranée au Nord et les Crêtes du Djurdjura à l'Ouest complètent les limites géographiques de la Wilaya.
Béjaïa est caractérisée par la prédominance de zones montagneuses. Elle représente comme une masse montagneuse compacte et bosselée, traversée par le couloir formé par la vallée de la Soummam.

Richesse des sols, mais aussi, beauté pure.
Le soleil semble ne jamais s'éteindre sur ce coin magnifique. Il illumine avantageusement la ville et ses alentours.
Même en janvier, nous avons frayé avec des températures qui dépassaient parfois les 20°. De quoi ne plus conjuguer le temps... on se laisse seulement aller.


Le bleu de la Mediterranée qui s'échappe pour rejoindre l'horizon du ciel, forme un bel assemblage de tons azur ou turquoise. Il arrive même que la mer devienne émeraude.
Les Babors qui couronnent ces délicats dégradés, est la reine des lieux. Cette chaine montagneuse s'allonge tel un ruban. Il lui arrive de blanchir lorsqu'un voile fin se dépose sur ses sommets. La neige lache sa poudre en une seule nuit. Elle devient alors un délicat écrin  pour la ville, où les verts dominent.
Tournons le dos au port et admirons les formes et les mouvements de la ville qui grimpe. Un vrai délice mental !
Le centre ville est plein de charme. Il est débordant de lumière. Et de sourires...
Les hauteurs de Béjaïa se sont amusées à oeuvrer pour une composition d'escaliers montant abruptement. C'est assez épuisant. Mais une fois tout là-haut, vous pourrez jouir de l'effet qu'a sur vous le paysage.
Cette ville a l'art de séduire dès le premier coup d'oeil.
Dès la première rencontre on ne désire plus qu'une seule chose... écouter le silence. Ne plus bouger. Ne pas parler. Mais laisser son regard aller à des évasions où chaque courbe, chaque mouvement ravis l'esprit attentif à un environnement étonnant. Ville désirable qui s'offre aux voyageurs...
Un alliage précieux s'ouvre devant nous. Etincellante ville qui se suffit à elle-même pour rendre le coeur prisonnier.

Un lever de soleil, un coucher de soleil.. les ors et les pailles prennent en otage le bel éclat rubis du soleil en phase de sommeil, ou de réveil. Rien ne se perd. Chaque éclat sert les ombres. Les reflets se jettent à l'assaut des verts et de bleus.
Puis les lumières de la ville commencent à s'allumer, un soir, pour devenir les étoiles de ce merveilleux bijou embrassant la Mediterranée.

Ce furent des vacances hautes en couleurs. Pour l'oeil affamé de beautés, ce sont des vacances à essayer...

Si à votre tour vous désirez en savoir plus sur cette ville tendre, où se mélangent les couleurs et les tempéraments... Les parfums et les quartiers... laissez-vous emporter au dessus de la Mediterranée, pour une pause-Béjaïa !

En attendant, une adresse vous fera goûter aux beautés de la ville. Ce site se nomme : Bgayet à 360°.
Vous aurez également la surprise de constater que leur page d'accueil s'est amusée à déposer l'une de mes poésies, que j'ajouterais très bientôt sur mon blog.
Amusante rencontre avec l'un de mes écrits...

Je n'ai plus qu'à vous souhaiter un excellent voyage, au coeur de la perle de la Mediterranée !


Par Mariliane
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Lundi 21 juillet 2008

Des bleus tendres qui éclatent en volets et balcons. C'est Béjaïa qui s'emporte délicate, sous les rayons du soleil. Face au port, ces immeubles dentelles, offrent la douceur d'une marine balade. Les yeux s'installent sans aucune retenue sur le paysage qui s'échappe à l'horizon. Sur la gauche de la photo, une grande terrasse ombragée prend toute cette place du 1er Novembre. Antérieurement Place Gueydon.
Le regard porte loin et se perd dans l'immensité des bleus.
Ruelles qui montent ou qui descendent, ainsi se présente Bejaïa.
Parfois, ma tête m'y porte, et je me revois grimpant, arpentant ces ruelles qui tenaient serrées les habitations.
Je me suis imaginée  la vie des gens, derrière leurs portes closes. Longer les trottoirs, les marches, était toujours une visite dont j'ai pu m'imposer les délices. Sentir la population avec ses habitudes de tous les jours...
Un jeu de l'esprit, pour qui aime observer son environnement.

Ces balades que j'ai voulu m'ont permis de découvrir les beautés particulières de la ville. Le tempérament de ses habitants également.
Béjaïa résonne encore à mes oreilles comme une mélodieuse musique.
Cette ville en escalier et grouillante d'un monde coloré, est une invitation à s'égarer dans ses lumineuses ruelles. Rayon de soleil entre tous, Béjaïa illumine par sa seule présence, dans ce coin de côte où s'endorment armonieusement le talent d'une nature sans cesse renouvellant sa magie.
Délicatement posée dans un écrin de verts et de bleus, Béjaïa laisse rêveur le passant...
Bruissante et accueillante, la ville respire le sourire.
Ce qu'on retient surtout de cette beauté, c'est ce sens de la flânerie qui nous projete dans un monde différent.
Une dimension différente. Les habitants sont tout autant flâneurs. Comment ne pas craquer devant autant d'appel d'offre, pour la pause nonchalance ?
Je n'ai cessé de penser farniente mentale. Le temps m'a semblé magiquement suspendu. Les aiguilles des horloges se sont arrêtées, rien que pour moi. Le plaisir fut gouteux. Et sans limites...
Apprécier chaque seconde qui passe.

Dans son habit "mille couleurs", Bajaïa doit être dégustée avec tendresse.
Chaque parcelle de cette ville est étonnante.
Quel tempérament ! On laisse une rue pour s'envoler avec une autre. S'y perdre volontiers, avec un plaisir immense. Cette ville m'a prise un jour par la main, puis m'a conduite dans le secret de son coeur.
Je fus happée à travers son souffle, ses mouvements quotidiens.
Observer de loin tous ses contours. Ses formes généreuses. Son ciel pur. La Mediterranée juste à ses pieds.
Les verdoyantes forêts accrochées à flanc de montagne... Son port et son abrupte tombée rocheuse dans certains endroits proches...
Béjaïa est une poésie à elle seule.

Je me retourne encore parfois, et c'est Béjaïa que je vois.
Délicieuse et papillonnante, elle m'appelle de sa voix douce, pour me rappeler qu'elle m'attend !




Par Mariliane
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Mardi 1 juillet 2008

Après l'Agérie, la France. Nous étions au mois de juillet de l'année 1968. Voilà que je vais découvrir un nouveau pays. Celui dont on parle tant, et que mon père avait refusé de rejoindre après l'indépendance. Avec une offre de travail non négligeable...

C'est en bateau que je me suis éloignée d'Alger. J'étais ravie.
Mes rapports avec ma famille n'étant pas de ceux que j'aurais voulu qu'ils soient, ce départ était plus une fuite.
Mettre des kilomètres entre eux et moi.
C'est ainsi que je me retrouve à Marseille. Un autre port. De ce jour là je ne me souviens que de la longue file à la douane. Et de ce cousin que j'avais attendu un très long moment.
Un peu désorientée aussi, par ce changement radical de décor.
Après un voyage en voiture jusqu'à Valence dans la Drôme, je me retrouve chez l'une de mes tantes, soeur de ma mère. Elle était heureuse de me revoir, après toutes ces années de séparation. Elle et sa famille sont rentrés en France en 1962.
J'ai retrouvé un cousin identique à lui-même. De l'humour à revendre, comme quand nous étions à Sidi-Bel-Abbès, à inventer de malicieuses farces. Gentil, et m'expliquant un tout petit peu leur "France".
Quand à ma cousine, égale à elle-même. Telle qu'elle fut en Algérie. Un écho d'impossible entente.
J'ai gardé mes distances... Reflexe personnel, comme avec toutes les personnes qui mordent.
Dans la semaine de mon installation, je me suis mise en quête d'un travail. C'est ainsi que je me suis retrouvée à la cueillette des pêches, puis au calibrage dans les locaux de l'usine. Il fallait tenir la cadence.
En parallèles j'allais d'agence en agence pour un autre emploi, puisque celui-ci saisonnier seulement.
J'avais quitté l'Algérie en démissionnant de mon poste à la Banque. Aucun autre choix n'était possible. Je ne faisais pas partie de ceux qui pouvaient avoir accès à une mutation.

Rester chez ma tante sans travailler n'était pas envisageable. Non seulement leurs revenus n'étaient pas élevés, mais je n'étais pas habituée à vivre à la charge des autres. D'où ma gêne immédiate chez elle.
J'ai également flâné dans les rues de Valence et de ses alentours. Pour faire connaissance...
La France... ce Paradis auquel nous rêvions parfois, en Algerie.
Un Paradis qui avait du mal à m'accepter. En tout les cas, j'ai eprouvé ce sentiment à l'époque.
Mon petit bagage "études", et mes presque deux années en milieu banquaire ne semblaient pas avoir de valeur de ce côté-ci de la Mediterranée.
J'ai donc parré au plus pressé. C'est l'agence "Avis" qui m'a permis de tirer un emploi qu'elle proposait, parmi tant d'autres.

Un couple cherchait une "fille au pair". Ils avaient une petite fille qui n'avait pas encore quatre ans, et la dame attendait un bébé. Voilà qui allait solutionner le problème du gite et du couvert.
M'attarder chez ma tante n'était pas possible. Cela malgré la gentillesse de toute la famille.
Ce couple donc, me proposait en plus d'un toit et du repas quotidien, un peu d'argent de poche. L'équivalent aujourd'hui de 37 euros par mois.
Mes occupations chez eux étaient nombreuses.
Dès le matin, lorsque les parents quittaient la maison pour aller travailler, j'avais à charge de m'occuper du petit déjeuner de leur fille, puis de l'accompagner à l'école.
Tout de suite après, le ménage, et le repas. Les après-midi repassage ou un peu de couture.
Une fois par semaine je décapais les sols de l'appartement, pour passer une nouvelle couche de cire. C'était une habitude à l'époque. Et une vraie corvée pour les femmes qui s'amusaient à ce petit jeu là.
Les vendredis revenaient trop vite à mon goût.
Quatre aller et retour pour l'école. Le bain chaque soir pour la petite. Plus les caprices à supporter.
Ma chambre était en fait celle des enfants. Ce qui était très pratique pour les parents. Lorsque cette petite fille se réveillait j'étais là pour assurer.
Lorsque le bébé est arrivé, je me souviens de ces biberons que je préparais, même la nuit.
Les parents travaillaient, ils estimaient sans doute que c'était mon rôle de tout porter.
Et je vous passe les détails de toutes les taches...
Le samedi et le dimanche matin, je m'occupais de faire le repas. Lorsqu'ils recevaient, mon poste etait au service à table, après la cuisine. Ce qui veut dire, que je n'avais qu'une moitié de samedi et une moitié du dimanche pour repos. A partir de 14h30 ou 15h.
Je ne sais comment est-ce que j'ai fait pour me retrouver coincée chez cette famille, mais ce que je sais, c'est que cela a duré une année.
La majorité n'étant qu'à 21 ans, Madame ne m'autorisait même pas des sorties semi-nocturnes. Elle m'avait expliqué que j'étais sous sa responsabilité. La belle affaire !
Je n'avais pas de revenus, pas d'appartement. Et des principes. J'étais donc corvéable à merci !
Pour ce qui était de mes sorties en soirée, elle savait donc que cela ne faisait pas parti de mon programme immédiat.
Mes sorties après les heures de travail étaient plus des errances dans Valence.
Parfois je m'installais dans un café devant un thé. Je regardais passer les habitants de la ville. La jeunesse. Les familles.
Avoir 20 ans, dans ce nouveau pays, ce n'était pas drôle du tout. En Algerie j'étais plus libre.
Un pays étrange à mes yeux. Les sourires et les rires étaient moins spontanés. Lorsqu'on me parlait j'avais l'impression qu'on pensait que je venais d'une autre planète. J'ai même eu droit à des questions stupides.
J'ai vraiment eu beaucoup de mal à me faire une toute petite place.

Un jour par hasard, j'ai fait la connaissance de mon futur mari, qui m'a aussitôt présenté sa famille.
Une famille que je pensais être adorable. C'est du moins ce qu'elle m'a laissé supposer durant un certain temps.
Ces gens là ont été très moqueurs, et critiques à mon égard. Ma façon de me vêtir. Et jusqu'à mon maillot de  bain les faisaint beaucoup rire.
Ma conduite elle-même ne leur plaisait pas. Ils n'ont pas hésité à dire que j'étais très mal élevée.
Pour la simple raison que lors des réunions familiales je me plaçais dans un coin de leur salon, avec un livre.
J'abandonnais complètement le monde faux de ces femmes qui jacassaient. Faisant la pluie et le beau temps chez leurs voisins. Aucune vie privée ne leur était inconnue semblait-il.
Je me suis bien souvent dit qu'elles avaient des tapis roulants à la place de la langue.
Parfois, en guise de moquerie, ils me demandaient mon avis par rapport à certains sujets. Mais très vite ils ont dû renoncer. Mes réponses étaient à la mesure de leur bétise.
Mon beau-père était un homme de bien. Il ne parlait presque jamais. Et il avait beaucoup de respect pour moi.
Il n'intervenait jamais lorsque ses femmes s'amusaient à parler des uns et des autres. Mais lorsqu'il les faisait taire ce n'était pas triste. Intérieurement je pouffais littéralement.
Il voulait que je m'assois toujours à ses côtés lors des repas. Cela devint ainsi une habitude que j'ai gardé pour tous ces repas de famille, un peu spécial. Cet homme était aux petits soins pour moi. Je n'oublierais jamais ses bontés à mon encontre.
Dans ses silences il y avait tant de mots... et je savais à l'avance à quel moment il allait intervenir pour faire taire sa basse-cour, comme il disait, en espagnol.
Ses gendres et ses deux fils le craignait. L'un de ses gendres pensait toutefois que c'était un homme stupide.
Il a dû changer de point de vue un certain jour...
Tant qu'il était vivant, j'ai plus ou moins supporté ses femelles... il avait trois filles. Il est décédé après le mariage de l'une de mes filles.

Quelle famille !

Lorsque j'ai quitté le couple dont j'ai parlé au début, c'est que je n'avais pas renoncé à avoir un travail plus humain.
C'est ainsi qu'un jour j'ai osé écrire à la Direction Générale de la Banque dans laquelle j'avais travaillé.
Je me suis adressé directement au Fondé de Pouvoir qui était mon chef direct à Alger. Je fus sa secrétaire jursqu'à son départ d'Alger. A présent, je retrouvais un "inspecteur général" de la Société Marseillaise de Crédit. Voilà comment je me suis retrouvée à Lyon, reprenant du service dans une banque, grâce à ce monsieur. Et pistonnée !
Pour peu de temps encore une fois, puisque l'opportunité de la Nouvelle-Calédonie est venue toquer à ma porte.
Ca ne pouvait pas mieux tomber !

Presque sept années à prendre du plaisir en vivant avec des tempéraments différents, et une mentalité pas du tout étroite.
C'était du soleil dans la tête et dans les yeux des habitants de mon île.
Après le gris, le bleu dans le coeur.
Ile magique et pleine de surprises quotidiennes...

A mon retour en France, après la Nouvelle-Calédonie, il m'a fallu deux bonnes années pour m'habituer à penser que le rêve calédonien était bien fini.
La vie continue...
Le quotidien avait repris le dessus. J'étais de nouveau embarquée sur le train de bien de "bosses" et de "plaies".
Avec de petits rayons de soleil par ci par là, grâce aux enfants...

Ce n'était qu'un tout petit morceau de ma vie en France, après ma coupure avec l'Algérie.
Mais il y a eu une suite d'autres années.
Je ne compte pas mon île, car ça, c'était des années sourires, soleil, échanges chaleureux.
Du positif, en un mot !

Séjour que j'ai relaté par épisodes, sur "Roannemaville"...




Par Mariliane
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Lundi 16 juin 2008

                                                                                        - 11 -

Discuter avec ma voisine la plus proche est ce qui me semble le plus naturel. De fil en aiguille, après un tour d'horizon sur nos familles respectives, elle me propose l'adresse de sa famille laissée à Béjaïa. Juste pour prendre contact avec celle-ci, lors de mon prochain passage dans la ville.

Deux heures se sont écoulées et toujours pas d'avion à l'horizon. Ce qui n'empêche pas les langues de se trouver fort occupées. Les messieurs étant en plus grand nombre, ils sont forcément les plus bavards. Ils me semblent même intarissables si je les compare au babillage féminin. L'heure de l'assoupissement plane au dessus de certains d'entre nous. Le repas nous ayant été servi sur place, forcément, la sieste, d'elle même a suivi.
Dehors, c'est le soleil dans toute sa splendeur.
Je peux apercevoir une tranche de la chaine des Babors. Son enneigement traduit une rare beauté. Seul le Djurdjura peut rivaliser avec cette chaine montagneuse. Même à distance, voici que je suis attirée par les montagnes du pays. Plus proches, d'autres montagnes se chevauchent, faisant une belle dentelle au paysage de l'aéroport. Verdoyantes vagues prises d'assaut par des chemins bucoliques sinueux et m'invitant à m'évader.
Mon esprit s'amuse à vagabonder, et même à gambader comme le chevreuil. Et je suis loin de ressembler à cet animal gracieux. Comme quoi, l'esprit est un coquin d'aventurier, et il nous distance dans la réalité.
Une légère brise caresse feuillage et arbustes. De petits mouvements réguliers me le font supposer.

La fatigue commence à se lire, et se devine sur les visages. Quelques personnes essaient de ronger le frein de leur impatience. Une gymnastique pas aussi simple que cela. La matrise de soi n'est pas innée. Même les enfants n'ont pas l'air de penser que le temps s'échappe à la vitesse d'un escargot.
Dans une telle situation, on peut toujours déplacer sa pensée.
C'est pourquoi je me dis que ceux qui explosent doivent vivre à l'heure de la France... et j'en souris.
Des aller et retour se font dans cette salle devenue trop petite pour certains. L'impatience intérieure les gagne.
Ils ont oublié d'alimenter leur mental.
Certains tiennent des discours sérieux. D'autres ont installé une certaine légéreté en eux.
Les quelques hommes d'affaires français jouent du portable. Sans interruption.
L'attente se poursuit au sein d'une animation sereine. Bien que des impatiences silencieuses semblent planer autour de nous.
Puis le débat est lancé. Seize heures et l'avion affiche toujours absent. Serait-il en cours de fabrication ?
Le coin buvette est régulièremnet visité. Regards vides, souriants ou débonnaires, je m'amuse à les conjuguer tels qu'ils se présentent. Voilà six heures que nous attendons cet heureux vol.
Une situation que nous ne maitrisons pas. Pourquoi alors s'énerver ?
A 16h30 on vient nous annoncer une estimation de l'heure à laquelle notre avion arrivera. Ce sera donc à dix huit heures qu'il atterira. La tension monte un peu.
Des passagers se reveillent de leur assoupissement. Très vite ils replongent dans leurs pensées.

Le soleil ne va plus tarder à se cacher derrière les montagnes qui se dressent face à l'aéroport.
Un papi, l'oeil pétillant ne cesse d'aller de chaise en chaise pour converser avec plus d'un. Il met de l'animation et tire bien des sourires. Ce bout en train raconte quelques blagues que je ne comprend pas, mais son appetit de bonne humeur me fait bien des fois sourire.
Le ballet des portables n'a pas cessé. C'est qu'il faut bien avertir ses familliers à l'autre bout de la Mediterranée. A Marseille, on nous attend avec impatience. Et la famille doit se poser des questions. D'autant qu'à l'aéroport de Marseille, on n'a donné aucune explication pour le retard. Mon gendre qui m'attendait depuis le debut de l'après midi m'a dit qu'on ne savait pas se qui se passait. Et Rachid qui m'avait laissé à l'aéroport de Bejaïa s'inquiétait lui aussi. C'est ainsi qu'il a téléphoné plus d'une fois à mes enfants pour savoir si j'étais arrivée à bon port.
L'administration de l'aéroport de Bejaïa ne semblait pas se soucier des passagers que nous étions. Dans ce sens que nous sachant en parfaite santé, les ennuis dus à ce retard ne les préoccupaient pas plus que cela.
Comme partout en Algerie, l'administration laisse couler le temps du sablier, en donnant le pas aux algeriens.
Je m'y suis coulée cette fois-ci, avec un certain plaisir. Allez savoir pourquoi...
Nous sommes des passagers sans ailes !
Puis on ne sait pourquoi, on nous annonce que notre avion est en panne. Vraiment ?
Pas de désespérance, nous allons bien sortir de cet aéroport.
J'estime que nous avons été les otages du sourire...
Ce qui ne nous a pas empêché d'attendre deux autres heures supplémentaires avant d'embarquer.
Quelques raleurs s'en sont pris aux hotesses de l'air qui nous ont accueillies devant les portes de l'avion.
Comme toujours, lorsqu'on ne maitrise pas une situation, il faut bien qu'on se défoule sur quelqu'un. Elles furent les bienvenues...

Après avoir touché de prêt l'Algerie d'aujourd'hui, comment ne pas éprouver une nostalgique envie d'y retourner ?
Plus de deux ans déjà que je suis de retour en France, à errer sur les chemins de mes pensées. Et à m'interroger aussi sur ces préjugés qui ont du mal à s'estomper.

Bien sur, l'Algerie souffre de différents maux. C'est une évidence.
A nous donc de faire l'effort de lever les préjugés, en posant l'edifice du positivement bon. Ne pas nous engager dans cette voix serait révéler nos propres faiblesses d'occidentaux. Aller vers l'autre pour la diversité. L'échange sans tabous. Toutes les valeurs humaines sont le piment des différences.
A trop vouloir changer la personnalité cachée des gens on en arrive à les isoler dans leur culture ou leur communauté. Mais la richesse elle, elle a rendez-vous avec toutes les cultures.
A trop chercher l'erreur on peut aussi la fabriquer. Dans ce cas, si nous voulons fabriquer, alors fabriquons avec les braves gens. Ensuite, il n'y a plus qu'à construire, édifier, et consolider...
Une confiance sincère et une reconnaissance de nos propres erreurs peut changer la donne avec nos voisins.
Le mal vivre vient parfois de cette incompréhension réciproque.
En Algerie, on ne demande qu'une seule chose, qu'on puisse arriver à descendre de notre hauteur.
La diversité habite des deux côtés de la frontière.
Nous sommes riches d'une culture que les algeriens recherchent. Soyons généreux en faisant réellement connaissance avec la leur.
Quand aux touristes, pourquoi ne pas faire l'effort de venir dans le pays, en se laissant aller à l'observation des habitants de ce pays magnifique ? Faire du tourisme entre nous seulement, et dans des endroits prisés, cela ne nous permettra pas toujours d'aller au devant des autres. Pour voir l'Algerie telle qu'elle est, même avec ses défauts, on doit se laisser entrainer à plus d'originalité.
L'Algerie est touchante... tendre... Avec un humour  qui risque de surprendre.
Le Maghreb est un endroit magique. C'est une culture étonnante qui pousse à l'action, tant elle est porteuse.
Elle nous rend curieuse de tout.

Merveilleuse ALGERIE qui a su s'imposer dans ma mémoire.
A travers son cadre lumineux et grandiose tout d'abord. La beauté se projette à répétition à l'intérieur de ses paysages variés.
Mais les habitants en sont la parure généreuse, tendre et courageuse tout à la fois...

N'ajoutons rien d'autre ! L'Algerie nous invite à en découvrir beaucoup plus !

Il suffit de se laisser porter par nos coups de coeur.


                                                                                                                En Algerie de Decembre 2005 à Janvier 2006
                                                                                                                                   Pour 56 jours de vacances



Par Mariliane
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Vendredi 13 juin 2008


                                                                                          - 10 -

Dans mes bagages il a fallu que je fasse de la place pour les souvenirs, ainsi que pour les cadeaux.
Précieux cadeaux, pour la beauté du geste. Leur valeur est inestimable. Des familles modestes m'ont offert le meilleur d'eux mêmes. Avec leur coeur ils furent spontannés. C'est un pays où on ne sait pas recevoir un hôte sans lui offrir un petit quelque chose...
En France la coutume est inverse. Mais en fusionnant les deux, je suis sure qu'il en sortirait de jolies étincelles de bien-être. Quitter ses amis en Algerie sans accepter leur geste, et on risque de froisser. L'obligation est d'ordre morale.
Pouvez-vous imaginer que même lorsque vous faites une connaissance dans la rue, en apprenant que vous repartez dans votre pays, on se dépêche d'aller trouver un cadeau qui convient ? Que de fois m'a-t-on fait la surprise...
Visiter l'Université de Bejaïa m'en a valu quelques-uns également. Depuis le stylo au cahier aux pages impressionnantes, lorsqu'on a su que j'aimais écrire.
Le soir où j'ai dû quitter l'amie psychologue, alors que je venais de faire sa connaissance  trois heures plutôt, a cherché dans ses tiroirs quelque chose à m'offrir. Cela m'a énormément touché.
Rentrer en France avec deux boites de patisserie préparées la veille même de mon départ, par des femmes pleines de sentiments généreux, c'était signe qu'on m'avait adopté. Et l'image n'est pas trop forte....
Et je ne compte pas les robes et autres gâteries locales.
Dans l'avion même, assise à côté d'une marseillaise rentrant de ses vacances auprès de sa famille, voulait partager avec moi quelques litres d'huile d'olive que ses parents lui avaient donné.
Faire la connaissance avec des algeriens, cela signifie un pied à terre amical.
J'ai souvent rit de cette manière de voir les choses.
Même le petit d'entre eux se defait facilement du peu qu'il a, pour ses amis....

Dernier jour en Algerie !
Café le "Richelieu", bien sûr.
La jeunesse est présente, comme d'habitude. Je me complais dans cette ambiance. Elle me porte même. Je me laisse baigner dans cet environnement particulier. Je devrais faire jouer ma mémoire pour continuer de goûter à tout ce qui fait les délices de ce que j'ai vécu ici. De quoi me sentir accompagnée, durant de nombreux mois.

Bejaïa et son port seront une constante dans mes souvenirs. Sans oublier toutes ces personnes adorables qu'il m'a été donné de rencontrer ici et ailleurs.
Le tourisme que j'ai voulu est devenu une vraie richesse, dans un quotidien glâné un peu partout.
Je n'ai eu aucun mal à rencontrer des gens fabuleux. Le rire fut de tous les rendez-vous, même ceux que je ne sollicitais pas. Ce qui me convenait fort bien. J'aime rire.... et étreindre des bonheurs simples.
L'Algerie est un vivier d'individus riches en sentiments, en générosité.
Leur humour est communicatif.
L'algerien ne laisse pas indifférent. On se sent automatiquement attiré par la magie de leur comportement. Les observer devient un régal pour l'oeil qui les suit.
Si passer des vacances dans des lieux touristiques aseptisés est idéalement paradisiaques, s'installer au coeur même de l'habitant, cela donne une tout autre dimension à la beauté du séjour.
Les paysages algeriens sont d'une grande beauté, mais l'habitant lui, reflète une facette de cette beauté qui impressionne. Se laisser porter par l'ambiance algerienne, ne peut que donner du plaisir et du contentement. La satisfaction de s'être autorisé une démarche hors sentiers battus. Mais qui a dit que les chemins battus étaient les plus attirants ?
C'est pourquoi j'ai voulu partir en solitaire en Algerie et sans même savoir par où commencer, et sans connaitre personne.
Je crois bien que j'ai dû me prendre pour une aventurière partie à la découverte de lieux inconnus. Ce n'était pas tout à fait le cas, mais j'avais besoin de me sentir libre de tous mes mouvements. Sans la contrainte de la majorité bien pensante. Chaque jour, je suis partie à la cueillette de petits bonheurs.
Souvent, positif et négatif se trouvent embarqués sur le même navire. Mais je n'ai fixé mon regard que sur le positif. Je l'ai positionné dans mes priorités. Ce n'est qu'à cette condition qu'on peut tirer le meilleur parti qui soit de la jouissance du durable.
Garder cela à l'esprit est le meilleur des laisser-passer, pour parvenir jusqu'au coeur de l'individu.
Conclusion ?
Il n'y a pas de conclusion !
L'Algerie est une porte ouverte. Je la franchirais de nouveau.

L'aéroport de Bejaïa ! 
Nous sommes le mercredi 25 janvier 2006. Ma tristesse intérieure est grande. Pour la contenir, je vais m'amuser à ce que je sais le mieux faire... écrire le temps qui passe.
Je me retrouve seule avec mes propres pensées, dans la salle d'embarquement. Deux heures à errer dans ma tête. Deux heures d'attente avant le vol pour la France. Je me sens comme quelqu'un à qui on a débranché son énergie. Cette solitude est pesante. Moi qui aime être seule, voilà qui est nouveau aujourd'hui. C'est bien rare lorsque j'éprouve un tel sentiment. Ce retour n'est pas sympa. Mon esprit se refuse à ce départ. Que n'ai-je pas fait une prolongation  ?
Le visage de l'Algerie semble déjà appartenir à un autre temps. Je n'exagère rien en précisant qu'il me faudra quelques semaines de réadaption dès que je débarquerais en France.
Tous ces algeriens dans cette salle d'attente, pour un voyage en commun, me sont familiers tant ils sont amicaux.
J'y trouve une certaine consolation.
Pourrais-je revenir un jour ? Ce fut ma question ce jour-là !
Derangeantes frontières qui n'ont que faire des sentiments. Je n'arrive pas à me résoudre à cette obligation du départ. Il ne me reste plus que les mots pour écrire ce temps écoulé en terre algerienne. Ce sera comme faire un second voyage, en un temps record. J'ai glâné la matière première durant mon séjour. A moi de peaufiner mon sujet pour garder le regard que j'ai de l'Algerie et le transmettre à d'autre.
Nos voisins n'en demandent pas plus...

Notre avion a pris du retard. Le bruit qui court nous dit que le décolage aura lieu entre 15h/15h30. Une halte obligée que j'aurais aimé hors cette salle d'attente. J'aurais égoïstement pris des brins de parfums et couleurs de l'Algerie, pendant que j'aurais eu l'oeil sur le paysage extérieur.
L'Algerie et ses contradictions. Toujours. Même ici, dans cette grande salle d'attente. Ce qui me fera sourire plus d'une fois. Un long fleuve tranquile...
Le flegme algerien ?

C'est le brouhaha emplifié qui permet à ce retard inatendu pour moi, de rendre moins pénible ces heures.
L'algerien trouve toujours matière à s'occuper, ou à ne rien faire. Ce n'est jamais un problème.
Le Directeur de l'aéroport n'a pas jugé important de nous tenir au courant des aléas des vols. Les désagréments se satisfont des imprévus. Les joies du temps qui passe se mélangent à la longue attente. Un simple accord tacite entre toutes les figures possibles. L'impatience est bien inutile je me dis. Pourtant, certains, et ils sont rare en ont décidé autrement. Ils râlent. Ils veulent savoir. Je souris de cela et pense qu'en fait, le monsieur qui fait le plus entendre sa voix doit habiter la France depuis des lustres.
C'est la pause sourires pour moi et la majorité. Cela ne permet-il pas de minimiser nos propres soucis ?
Faire monter la pression inutilement n'a pas lieu d'être. Se sentir frustré ou offusqué dans cette situation, cela tient lieu d'une comique vision.
Observer les autres. Les décrires mentalement. Les écouter. Rien n'est figé dans l'instant présent. C'est plus que du loisir que de surprendre mon entourage dans son tempérament caché.
C'est assez jubilatoire...



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Par Mariliane
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Lundi 9 juin 2008

                                                                                     - 9 -

Pour mieux comprendre le fonctionnement de la société algerienne, il suffit de s'intégrer dans le cadre familial. C'est ici qu'on peut se sentir bien plus interpellés. Sinon, on risque de se priver d'une réalité qui pourtant parle d'elle même.
Le tourisme ne devrait pas se projeter sur le seul profit. Les vacances à l'occidentale laissent peu de place aux échanges durables. Ne pas essayer de se laisser sensibilier par les réalités du pays d'accueil, se serait un peu comme si durant un temps, on promenait le regard du conquérant. Si on ne sait pas donner de son temps, ni prêter ses yeux à ce qui fait l'incontournable particularité du pays, avec ses paysages, mais aussi ses habitants, nous risquons de passer à côté du coeur du pays. Effleurer ses cours ne sera pas suffisant...
La richesse de ses palais, la nature et la beauté de ses eaux vives, le peuple, échappent au touriste préssé de prendre.
Pourquoi devenir des consommateurs seulement ?
Peut-on percevoir avec clarté les merveilles manifestes de l'Océan, si on n'a pas aussi goûté à ses profondeurs ?
Imposons à notre regard les détails. Qu'ils soient négatifs ou positifs, le plus important est d'améliorer notre sens de l'observation et de l'analyse. L'approche sera différente. Les conflits s'installent à cause de démarches qui se contentent d'effleurer. Les malentendus se nourrissent à l'école de la méconnaissance. Et donc, porte ouverte aux préjugés, de part et d'autre...
Sans pour autant donner dans la naïveté, on peut s'attacher à ce qui fait la force d'un pays. Cet aspect sera bien plus porteur. Il nous permet une ouverture franche, généreuse, et surtout, apte à relever l'humour, l'insolite, le jeu des regards sur nous. Sans doute un pas vers l'amitié de passage, ou bien celui qui va durer...
Les enfants eux-mêmes font parti d'un décor planté de merveilles souriantes, hautes en couleurs. Ils font le bonheur de l'oeil qui les regarde. La curiosité se mélangeant à la douceur du temps qui passe.
Ici, ils peuvent s'installer à une terrasse de café et commander une boisson. Prendre un repas dans un restaurant, se balader à plusieurs dans les rues de la ville. Tous ces petits sont autonomes et audacieux.
L'audace de le leur innocence.
La place Gueydon à Béjaïa est un de leur lieu de rencontre. Au même titre que celui des adultes d'ailleurs.
Se laisser guider par leurs jeux, c'est du bonheur mental. Leurs sourires sont à l'image de leur état d'esprit. Les enfants apprenent très vite la liberté d'être.
La vie n'est évidemment pas aussi facile qu'on le croit, même si elle est abordée avec simplicité et courage.
Le temps ici ne se calcule pas de la même manière. Les mouvements d'humeur ne se posent pas non plus, comme dans notre pays. Ce qui peut irriter l'occidental, ici, cela tient d'une certaine phylosophie. Nos préoccupations d'européens n'ont pas leur place dans la société algerienne. Ce qui n'empêche pas les sujets de conversations sur la dure réalité de la vie de tous les jours.

Rire pour rire. En Algerie, pas besoin de thérapeute pour l'école du rire. La rue fait office d'apprentissage. Les sourires ne sont pas chose rare. Ce sont plutôt les airs renfrognés qui le sont.
Le plaisir de profiter de l'instant qui passe. Avec juste ce qu'il faut d'insouciance. Assaisonnement qui donne du piquant aux couleurs locales.
J'aime cette Algerie qui donne de tout son coeur. Elle vibre très fort avec tous ceux qui se laissent bercer par sa magie.
Ce peuple a énormément souffert, mais il sait encore donner. Partager. Les craintes que l'on peut éprouver à son encontre sont injustifiées. Ne serions-nous pas en décalage ?

Une autre invitation m'est proposée... Celle de faire le tour de l'Université de Bejaïa.
Me voilà sautant sur une autre trop belle occasion. Le plaisir d'autres connaissances, et reconnaissances.
Je fais une toute petite approche au sein de l'Université.
C'est Aomar qui me sert de guide en ces lieux. Il élargit mes amitiés en me mettant en contact avec  Souad qui a un poste clef au sein de l'Université. Une très belle femme, portant avec élégance le hijab. Son sourire éclatant irradie et s'impose. Un temperament volontaire et qui sait ce qu'elle veut. Caractéristique propre à toutes les femmes algeriennes que j'ai croisé. Elle m'explique son travail et celui de ses collaborateurs. Elle me présente quelques collègues.
Je lui parle du but de ma visite. Un peu sur la réserve au départ, elle n'hésite pas par la suite à répondre à mes questions. Ensuite, Aomar me conduit de batiment en batiment. Cette Université est très bien agencée et aérée, tout en ne perdant rien de sa superbe.
L'architecture colle bien au paysage.
C'était la période des vacances, je n'ai donc pas pu pénêtrer dans l'un des amphithéatres. La spacieuse bibliothèque se compose également d'ordinnateurs, et de coins études. Il y a encore un manque évident de livres pour tous, mais l'étudiant peut déjà trouver l'essentiel.
N'ayant pas eu le temps de m'attarder sur les lieux, il me manque des éléments pour apporter d'autres précisions sur ces grandes salles très bien éclairées. J'aurais bien aimé assister à un cour, par esprit de curiosité puisqu'on avait ouvert tant de portes devant moi. Le facteur temps fut mon ennemi ici. Et je n'ai pu y retourner...
Je n'oublierai jamais le chaleureux accueil de Souad.

Quelques jours plus tard, je récidive.
Quarante huit heures avant de m'envoler pour la France, c'est dans une école privée que je m'installe.
Une Ecole Privée du nom de, I.S.I.M (Institut International de Management). Partenaire aussi de l'Université du Quebec (UQAM) et de Paris pour PGSM (ex-EGS). Ici il s'agit d'une préparation à des diplomes d'Etat de Technicien supérieur en Sciences de Gestion, Management, Marketing. De Finances et Comptabilité. L'anglais des affaires. Ingénieur Commercial, ou Ingénieur en Informatique.
La Directrice de cette école m'a permi d'assister à l'un des cours afin de me donner l'occasion de marquer ma curiosité. Je crois bien que j'ai été largement curieuse de tout, en Algerie.
La participation des étudiants, bien que timides dès l'instant où j'ai pénétré dans leur monde, fut ensuite d'un réel relachement amical. Avec une forte envie de se découvrir.
L'échange avec le premier professeur, fut une agréable surprise. Ce jeune professeur était assez proche de ces jeunes gens. Filles et garçons. Cet homme a su gagner le respect de cette jeunesse estudiantine.
Quand au second professeur, ce fut je dois le reconnaitre, une belle perturbation. Lui aussi a été très surpris et un peu déstabilisé lorqu'il a su que j'assisterais à son cours. Mais très vite, il s'est aligné sur l'ambiance générale.
Le but pour moi était de poser des questions pour mieux me représenter la jeunesse algérienne d'aujourd'hui, dans cette autre tranche de la population. Il furent tous intarissables, mais je crois bien que le professeur l'a été deux fois plus. Et le plus drôle aussi...
Ses étudiants ont semblé découvrir un autre professeur, sorti de sa réserve. Ce qu'ont dit  quelques filles...
Un humour de haute voltige. Je pense que j'ai laissé une classe avec un professeur qu'ils n'oublieront jamais... Un professeur comme ils ne connaissaient pas.
Une heure dans cette classe, où de joyeux échanges donnaient le ton à tous. Cette jeunesse sympathique m'a donné son point de vue sur l'Algerie et la condition de la femme.
Regards pétillants, ils m'ont raconté leur envie de produire, de se battre. Leur générosité était palpable. Une franchise totale et oublieuse de tout. Ces jeunes gens, chacun dans son idée et pensée personnelle, se sont ouvert devant la poignée qu'ils étaient. Du rire sans retenue. Le professeur étant le maitre de jeu !
J'ai fait ce jour là, la connaissance de deux professeurs sympathiques, affables, et au tempérament différent.
J'étais venue apporter de la récréation, et j'ai emporté dans mes bagages les sourires les plus gracieux.
De la douceur de vivre également. Et le souvenir d'une jeunesse en marche. D'une jeunesse qui ne craint pas de parler de ses  besoins, de ses pôles d'intérêts. De leur vision de l'Algerie. De leur rapport avec l'autre sexe.
De leurs angoisses, de leur avenir...
Une jeunesse qui ressemble tellement à celle universelle, où que nous allions, même si les cultures diffèrent.
Je quitte mes jeunes avec un pincement au coeur. Ils me manquent déjà.
Je n'ai pu que leur offrir une poésie de ma fabrication...

          TOUT SIMPLEMENT

Irrésistible et drôle
Noirs regards scrutateurs
Sur le chemin de la pensée
Intentionnelement viennent de se poser
Mille questions soulever

Vingt trois étudiants vous étiez
Pour plus d'une heure me régaler
Auprès de leurs professeurs ils ont composé
Le plus beau des bouquets
Aux couleurs de l'amitié

A un cour il m'a été donné d'assister
Mais le second un peu saboté
La beauté de cette jeunesse
D'un appetit de découvrir
De la vie voulant croquer
Pour un peu me fait chavirer

Leur accueil
De générosité s'est paré
Pour les délices de l'échange organisé
Leur richesse
Avec leurs mains la dispense
Mais c'est avec le coeur qu'ils étreignent
Lorsque de leur temps à l'étranger ils donnent
Ce n'est jamais à moitié

A la manière d'une pierre précieuse
Leur hospitalité
Sur un écrin de velours la dépose

Avec moi leur humour ont partagé
A sa juste valeur j'ai apprécié

Trop vite le temps s'est envolé
Les quitter je n'aurais dû
Car encore j'aurais voulu leur dire

Une leçon de beauté que vous m'avez donné
Assurement,
Jamais je ne vous oublierais
Car sur ma route je vous ai rencontré
Merci pour ces précieux moments
Qu'en offrande
Devant ma porte vous avez déposé
En signe d'amitié !

C'est la directrice de l'école qui me reçoit ensuite...
Une femme superbe, aux grands yeux vifs, curieux, intéressés et qui appellent le respect. Le chemin parcouru par celle-ci, comme pour beaucoup d'autres femmes algeriennes, tient d'une volonté voulue, pour atteindre leurs objectifs.
Le courage étant leur amie, et leur réussite, l'expression d'une belle bataille.
A tous les niveaux, ces femmes sont exceptionnelles.  Son accueil chaleureux était à la mesure de sa simplicité. Elle m'a renseigné sur la marche de l'école. Elle m'a aussi parlé des étudiants qui la compose. Des professeurs et de tous ceux qui collaborent avec elle. En m'accordant tout le temps dont j'avais besoin...

Durant mon séjour, j'ai fait la connaissance d'une psychologue. Une femme pleine d'énergie, qui ne doit se tromper que rarement. Son analyse des autres s'avère juste. Tout ce que je peux dire, c'est qu'elle a mené bien des guerres éprouvantes, mais qu'elle en a tiré de belles leçons de la vie. Qu'elle partage d'ailleurs avec sa fille. Voilà deux personnes qui savent ce qu'elles veulent et qui le montrent. Elles composent avec la franchise dans leur quotidien. En plus, elles ne s'en laissent pas conter facilement... c'est une évidence.

Les femmes algeriennes sont étonnantes !
Et je les aime telles quelles !


                                                                                                                                              ... / ...




Par Mariliane
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Lundi 9 juin 2008


                                                                                     - 8 -

L'autre face de la médaille, celle plus dérangeante nous dit que les algeriens souffrent du froid, parfois. Beaucoup d'habitations ne sont pas fournies en gaz. Ils subissent des coupures d''eau. Rarement courante au robinet, elle porte le poids de tout ce qui sera le lot d'une certaine partie de la population. La misère est palpable, forcément.
L'hygiène est un casse-tête national. Ce qui ne veut pas dire qu'il en manque. Les foyers sont d'une propreté exemplaire malgré les moyens réduits. Ces femmes admirables qui prennent soin de leur famille, peuvent devenir les maniaques de la propreté. Le changement à leur niveau est toujours d'actualité.
D'où l'importance de tenir compte de l'aspect humain dans nos rapports avec le pays. Les personnes ne sont-elles pas plus importantes que tout ce qui peut ressortir de négatif de l'Algérie, ou de tous les pays où nous sommes accueillis, nous les touristes qui ne faisons que passer ?

Il nous échappe sans doute une évidence de taille, sinon, le Parlement français n'aurait pas voté le 23 février 2005, une loi qui reconnait le rôle positif de la colonisation. Loi emportée finalement dans tous les négatifs...  et enterrée.

Il suffit tout simplement de comparer l'Algerie d'avant 1830, avec celle laissée par la France  en 1962.
Approfondir ses informations est une obligation (La nuit coloniale - R. Julliard, Paris).
L'Algérie était alors un Etat avec ses limites géographiques actuelles qui remontent à 1515.
Son commerce était développé. Il fut même évalué à dix millions or. Il exportait du blé, de l'orge, du bétail, des chevaux, des tapis, des fruits et légumes. La langue officielle était l'arabe. Plus de deux mille écoles et cinq universités dispensaient l'enseignement. Le Général Valaze, en 1834 reconnait que presque tous les arabes savent lire et écrire.
Le savant De Paradis dira : "Alger donne son nom à toute la Régence. Elle est le siège du gouvernement et le centre des forces de l'état. Il n'a jamais existé d'Etat plus économe des Fonds Publics que le gouvernement d'Alger. Le Trésor de l'Etat est ménagé avec un scrupule inconcevable".
L'artisanat était très avancé. Le Maréchal Bugeaud lui-même écrira :
"Lexistence de cette nation vigoureuse, si bien préparée pour la guerre, si supérieure à ce point de vue aux masses européennes que nous pourrions introduire dans le pays, nous impose l'obligation absolue d'tablir devant elle, à côté d'elle, la population la plus vigoureuse possible".
Les intellectuels de l'époque reconnaissent eux-mêmes, l'existence d'un Etat et d'une Nation algeriens souverains, civilisés, organisés, développés et d'une grande personnalité.
En 1794, le Dey d'Alger va voler au secours des révolutionnaires f'rançais en les autorisant à s'approvisionner en Algerie. C'était au temps de Robespierre, l'année de la convention. Un pan de l'histoire qu'on oublie trop souvent de rappeler.
L'Algerie va même au-delà... Elle offre au Directoire un prêt sans intérêt, d'un million-or.
L'Algerie est devenue le créancier de la France Thermidorienne, bonapartiste, puis royaliste.
La guerre finie, la Restauration refusa de payer sa dette. C'était en 1815. C'est en 1820, que la France commença ses préparatifs pour démarrer sa colonisation. Cela afin d'éviter de payer sa dette à l'Algerie. Le remplacement d'un peuple par un autre peuple.
La violence colonisatrice est ainsi devenue unique dans l'histoire de l'humanité. Celle-ci cautionnée à travers deux déclarations, de deux pouvoirs. 
La première se situant au début de la colonisation, la seconde en 1954.

Voici celle de Bugeaud, mai 1844 : "Plus de cinquante beaux villages, batis en pierres et couvert de tuiles ont été pillés et détruits. Nos soldats y ont fait un butin considérable. Nous ne pouvions  songer, au milieu du combat, à couper les arbres. L'ouvrage d'ailleurs, serait  au dessus de nos forces. Vingt mille hommes armés de haches ne couperaient pas, en six mois, les oliviers et les figuiers qui couvrent le beau panorama que nous avons sous nos pieds".
Une terre inculte l'Algerie, lorsque la France est venue imposer son dicta ? Vraiment ?
Quand au maire de Constantine, en 1955, il s'est exclamé : "Ce qu'il nous faut ici, c'est une bonne Saint-Barthélémy. On peut noter l'état d'esprit du conquérant... l'extermination de l'algérien par la Saint-Barthélémy. Violence qui concerne également la nature à travers les arbres. On pousse plus loin encore... des cimetières algériens furent labourés.
L'Etat colonial est le prolongement de l'Etat précolonial qui considère la conquète, la guerre, l'extermination du vivant, les enfumages, les emmurements, les massacres, les génocides, les pogroms et les viols, comme les pilliers fondamentaux de la consolidation et l'expansion de l'Etat, comme l'écrira encore le journal "El Watan".

On peut à juste titre reconnaitre que l'Etat colonial a montré une violence sans précédent, qui a marqué plus d'un siècle, l'histoire de l'Algerie. Si on ne prend que cet exemple.
Les meurtres collectifs, les internements, la déportation, les exils, les tortures physiques et morales, individuelles et collectives. Peine de mort extrajudiciaires, incarcérations, taxations punitives, violences racistes, travail forcé sous les ordres de l'armée coloniale, et privation de nourriture appliquée à des populations entières jusqu'à ce que mort s'ensuive. Violences et terreurs coloniales deviennent la norme. C'était une réalité physique.
Pour terroriser la population encore plus, certains algeriens étaient dépecés. Tels les corps du Colonel Amirouche et du Colonel Si Haouès.
L'Etat colonial était un état pénal. Les algériens sont aussi des esclaves régis par les lois du racisme, de la sanction, de l'obéissance aux colons et aux autorités. Des offensives étaient menées contre le peuple algérien. La démocratisation de la terreur et de la violence permet qu'elle se popularise. Ils ont formé des tribunaux spéciaux pour exterminer, et des dispositifs opérationnels de protection pour torturer jusqu'à la mort. Des accusés étaient guillotinés, fusillés, pendus, démembrés, coulés dans du béton, jeté dans la mer, dans des puits, dans des fosses communes, incendiés, et enfin envoyés dans l'univers qui leur est propre, comme des pierres, des décors, des objets inanimés de la nature.

P. Azan, un intellectuel de la colonisation disait :
"Lindigène n'est pas comparable au français, il n'a ni ses qualités morales, ni son instruction, ni sa religion, ni  sa civilisation. L'erreur est généreuse et bien française : elle a été commise par ceux qui ont rédigé la Déclaration de Droits de l'Homme et du Citoyen, au lieu de rédiger plus modestement la Déclaration des Droits du Citoyen français".  (L'armée indigène nord africaine. Ch. Lavauzelle et cie, Paris, 1925).
A. de Tocqueville disait : "Aux colons venus du vieux continent, la règle du droit, aux arabes et aux kabyles, ni égalité, ni libertés civiles, ni universalité de la loi, ni aujourd'hui, ni demain" ( Travail sur l'Algerie, oeuvres, Gallimard, Paris, 1991).
Deux bilans : - Le premier décrit une Algerie prospère et paisible.
                         - Le second montre des génocides, des massacres, des déportations, des crimes contre l'humanité.
Plusieurs millions de morts, des millions d'analphabètes, des millions d'hectares confisqués aux algeriens, des destructions massives, la disparition d'un Etat. L'Etat Algérien !
Quel est l'être humain saint d'esprit qui peut considérer cela comme une oeuvre positive ?
L'Etat algérien était déjà, avant 1830, un Etat prospère et riche.
Qu'a laissé la France en 1962 ?
Un pays ruiné, massacré, incendié, avec des millions de chomeurs, de malades...
En quarante trois ans, on peut reconnaitre aux algeriens ceci :
De 1962 à 2005, ils ont construits des milliers d'écoles. Des lycées et des universités. Des routes, une infrastructure industrielle importante, des aéroports, et deux grands projets que le monde colonial n'a pas pu réaliser en 132 ans.
Prêt de mille villages agricoles et le grand barrage vert pour stopper le désert.
Reste que si cela n'a pas été bien géré, c'est un autre problème.
Mais au vu de tous les peuples décolonisés de la France, c'est un fait constaté dans bien d'autres pays.
Les richesses de l'Algerie et des algeriens ont permis la construction de ces infrastructures. Ensuite, celles ci furent construites pour les colons et l'armée coloniale , et non pour les algeriens.
La France officielle serait-elle tenace sous le rapport de la mauvaise foi, vis à vis de l'Algerie, et les peuples colonisés d'Afrique et des Antilles ?

Aucun doute n'est permis sur cette période reculée. Voici encore un discours officiel qui en dit long...
Ministre français des colonies A. Sarrault a prononcé ce qui suit en novembre 1923, à l'ouverture des cours de l'école coloniale : "Ne rusons pas. Ne trichons pas. A quoi bon farder la vérité ? La colonisation au début, n'a pas été un acte de civilisation. Elle est un acte de force, de force intéressée. C'est un épisode du combat pour la vie, de la grande concurrence vitale, qui, des hommes au groupe, des groupes aux nations, est allée se propageant à travers le vaste monde. La colonisation à ses origines n'est qu'une entreprise d'intérêt personnel, unilatéral, égoïste accomplie par le plus fort sur le plus faible. Telle est la réalité" (A. Sarrault, Edition du Journal, la presse coloniale, Paris - Page8)

Heureusement, il y a aussi cette jolie France qui porte cette jeunesse et parfois les anciens, qui ont la volonté et le coeur de lancer un pont entre les deux rives.  Ils possèdent cette rage du désir de l'amitié universelle. Hors caméra, hors politique...
A quand le véritable débat sur toutes les convictions et les prétentions cachées ?
Rien n'est plus déroutant que le positivement acceptable. Positivité est le mot le plus employé en France depuis quelques années.  Une arme dissuasive que l'on brandit pour détourner le regard sur les pages d'histoire ?
Le négatif peut-il devenir positif, en y plantant le drapeau de la pensée dirigée ?
Et si on renouvelait un peu nos esprits de français et regardions au-delà de notre petite personne ?
Quand aux médias, à reconsidérer leurs prises de positions dans la désinformation massive... ce ne serait pas une mauvaise chose. Le pouvoir dans le pouvoir... le journalisme a-t-il été détourné de ses valeurs initiales ?

L'Algérie est un pays où l'interrogation est une réalité quotidienne, mais ne laisse rien paraître.
Il y a certaines méfiances, si vite levées, à condition d'être pourvoyeur d'amitié et d'intérêt sincère pour l'individu.
Ce fut mon impression.

Il fait bon vivre en Algerie, lorsqu'on peut disposer d'un minimum vital et savoir s'en accomoder. Mais cela, les algeriens l'ont appris à l'école de la vie.
Certains partent ou réagissent pour tout de même changer leur situation plus dure. Ce qui est légitime. Le mal être de l'individu est en rapport avec son environnement. Où que nous habitions. Le pouvoir administratif génère parfois des anomalies pesantes. Le chomage enlève lui aussi une partie de la liberté individuelle. Ce manque d'autonomie est légitimement mal perçu.
Ce qui peut pousser certains à désirer la fuite, vers un ailleurs meilleur...
Pour l'étranger, celui qui ne fera que passer en Algerie, son argent sera sa protection. Comment pourrait-il dès lors même imaginer certaines situations difficiles ou ingérables ? Le touriste va demeurer dans un contexte qui ne lui montrera que ce qu'il voudra bien regarder. Même la misère et le manque d'hygiène de certains quartiers, il l'analysera selon sa propre vision des choses. Car l'oeil ne peut renvoyer que ce qu'il photographie extérieurement.
D'où le fossé de l'incompréhension si on juge sur l'impression première.
Peut-on dès lors comprendre le manque d'eau journalier dans certains secteurs des villes ?
Ce précieux approvisionnement est le résultat de nombreux facteurs. Que l'un d'eux vienne à manquer et cela occasionnera un problème sérieux pour les familles qui en sont privées.
L'irréel étant que malgré cela, les femmes algeriennes font tout leur posible afin de maintenir la propreté de leur intérieur. Ainsi que de toute celle de sa famille. Un défi à relever, chaque jour. Et pourtant elles parviennent à atteindre le but. Une véritable gageure devant le combat quotidien.
Ces mères "courage" sont très bien placées pour en parler !

Quand à la propreté des rues, c'est l'affaire de tous, bien sur, mais la priorité dans ce domaine revient avant tout aux autorités gouvernementales. Là, on ne peut pas dire qui'l y a précipitation...

Il y en aurait des choses à faire, qui relève de la responsabilité de l'Etat...
Economiser sur l'hygiène ou ne pas en tenir compte, est préjudiciable à tous les niveaux.


                                                                                                                                           ... / ...


Par Mariliane
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  • : Mariliane
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  • : Femme
  • : 29/07/1948
  • : lecture curieuse écriture matinale Ballades nature
  • : L'écriture me fait toujours voyager. Elle m'emporte sur les routes de l'Algerie, très souvent. Mon monde est peuplé d'imaginaire. L'humour a sa place dans mes échanges avec les autres. Je me pose volontier sur la lecture.

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